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Violences conjugales : témoignage d'une jeune pompière

Crédit photo: Mournetas Emma

« Violences conjugales », c’est le motif du ticket que Laura*, jeune sapeuse pompière, a reçu, il y a deux mois. Elle intervient, pour la première fois, sur un cas de violence conjugale. Elle nous raconte comment elle gère cette situation périlleuse.

19h30 à la caserne. Laura, 19 ans, reçoit une demande d’intervention : « violences conjugales ». La scène a lieu dans un appartement au troisième étage d’un immeuble. La police est prévenue au même moment.

Pompière volontaire depuis août 2018, elle se prépare avec une « concentration maximale ». Elle attend d’arriver sur les lieux pour juger la gravité de la situation. Cette intervention requière trois pompiers et trois policiers. Une fois les consignes transmises, le départ est immédiat avec les gyrophares.

Une intervention « coup de poing »

La porte s’ouvre. Derrière, un petit garçon de six ans en pyjama. La police a isolé l’homme, âgé d’une quarantaine d’année, de sa femme et de son fils car « il était encore très énervé ». La femme est directement prise en charge par les pompiers, « dans son regard, je comprends qu’elle est dans une grande détresse », ressent Laura.

Ayant une épitaxie au nez, la femme, secrétaire de quarante trois ans, a reçu de nombreux coups de poing au visage, des coups de pied au ventre, tout en se faisant insulter devant son fils. « Elle est en pleurs à notre arrivée », ce n’est, hélas, pas la première fois que cette femme prend des coups, remarque la pompière. Ses cicatrices et ses hématomes sur ses bras témoignent de la violence fréquente de son conjoint.

Les enfants, victimes collatérales des violences conjugales

L’enfant de six ans est terrorisé. Elle se doute que c’est lui qui a prévenu les secours, « il est inquiet pour sa maman, ça se voit dans son regard ». Elle ressent cette détresse familiale : « j’essaye de faire au mieux pour rassurer l’enfant, de lui faire penser à autre chose ». Elle suppose que l’enfant a été témoin de la scène, « il est choqué et ne parle pas ». Son travail dans cette situation est avant tout social. Rassurer, tempérer et trouver les arguments afin d’amener la secrétaire à porter plainte pour protéger sa vie et celle de son fils. Laura ne laisse transparaître aucune émotion malgré le pincement au coeur qu’elle ressent face au petit garçon. « Je suis humaine avant tout, j’éprouve chaque émotion, malgré le choc, l’enfant reste fort pour sa maman », un courage qu’elle n’oubliera pas. Selon Laura, il faut « apprendre aux plus jeunes les numéros d’urgence » afin de prévenir les autorités compétentes en cas de danger. L’enfant a sûrement évité un coup mortel.

« Une intervention comme celle-ci marque »

La porte de l’appartement se claque. Aux côtés de la pompière, la femme battue est évacuée avec son fils à l’hôpital. Quant à l’homme, il est embarqué par la police. « Les pompiers ne reçoivent jamais un suivi sur les procédures », assure Laura. La victime est déposée auprès des médecins, qui la prennent en charge en urgence pour la soigner et soulager la douleur physique. Côté psychologique, c’est une autre histoire. La pompière espère qu’elle n’aura « plus ce type de cas » en intervention. Après l’accomplissement de sa mission, elle ressent une profonde tristesse pour la femme et l’enfant et une violente colère envers l’homme.

Retour à la caserne, 21h30. Elle évacue ses émotions avec une séance de sport. Elle se défoule, au programme, pompes et tractions. Introvertie de nature, elle ne se livre que rarement. Elle s’isole de ses collègues, « je n’ai pas envie de dialoguer ». Un de ses collègues a quant à lui besoin de parler. Une caserne soudée pour chacun de ses membres.

« Ce n’est pas simple tous les jours », pour cette jeune pompière. Propices aux coups de leur conjoint, ces femmes se retrouvent plus isolées que jamais. Contactée par téléphone, l’association « Maison des Femmes » ne recense pas d’augmentation d’appel pour signaler des cas de violences. Il y a une forte probabilité que les victimes ne puissent pas contacter les associations car elles sont confinées 24h/24 avec leur conjoint violent. L’association craint une augmentation des cas. « Si les violences conjugales étaient déjà présentes elles peuvent s’aggraver ». Un seul numéro, 3919.

*Laura : Nom modifié.

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