International Politique

En abandonnant l’Italie, l’UE joue une nouvelle fois avec le feu

Depuis 2 semaines, la Chine, Cuba et la Russie envoient des renforts pour soulager les Italiens dans la lutte contre le Covid 19. Face à ces aides inattendues, l’Europe peine à soutenir son pays le plus touché par le virus.

Ce week-end, l’Allemagne puis la Suisse ont annoncé voler au secours de la France et de la 2ème région la plus touchée du pays : le Grand Est. « La solidarité exceptionnelle montrée par nos voisins, témoigne de la qualité des relations qui se sont nouées dans l’espace du Rhin Supérieur », indiquent la préfecture du Grand Est et l’ARS Grand Est. Si la France est l’heureuse élue de l’aide européenne, l’Italie, elle, semble oubliée.

De l’autre côté des Alpes, la situation se dégrade depuis fin février. Dans le nord du pays, des premiers foyers de l’épidémie sont détectés. Depuis le 10 mars, l’Italie a confiné tout le pays. C’est le premier pays européen à avoir instauré une mesure si drastique. Cela suffit pour comprendre que l’Italie rentre dans une phase de crise sanitaire sans précédent depuis des décennies. Ce mardi 24 mars encore, l’Italie reste le pays le plus touché par le Covid 19 avec près de 64.000 personnes détectées positives et plus de 6.000 morts. Ces chiffres dramatiques n’ont pas suffi pour que l’Union européenne prenne en considération la pandémie en Italie.


Ce n’est que le 13 mars, plus de 2 semaines après le début de la pandémie, que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen réagit : « Nous sommes absolument prêts à aider l’Italie pour tout ce dont elle aura besoin. C’est de la plus haute importance. Ce pays est gravement touché par le coronavirus. Par conséquent […] nous répondrons à tous leurs besoins ».
Les paroles ne se concrétisent pas par les actes. Bruxelles a seulement annoncé par la suite suspendre temporairement le respect de certaines règles budgétaires à commencer par celle du déficit public inférieur à 3% du PIB.

Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères

L’UE joue encore le jeu de l’extrême droite italienne

Selon Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) : « À la demande des États, la santé publique est un domaine qui relève de leur compétence et non de l’Union européenne ». Mais pour Rome, l’assouplissement des règles budgétaires n’est pas suffisant pour éviter les décès par centaines dans ses hôpitaux. Face à cette absence de solidarité européenne, une phrase suffit à elle-même pour illustrer les rapports plus que jamais tendus entre Rome et Bruxelles : « Nous saurons nous souvenir des pays qui nous ont été proches.».
Cette phrase, signée Luigi Di Maio, ministre des affaires étrangères, n’est pas anodine. Issu du Mouvement 5 étoiles, autrefois partisan de la sortie de l’Italie de l’Union européenne, le ministre italien n’a jamais vraiment apprécié la gouvernance de l’UE. Son parti est arrivé au pouvoir en 2018 dans un contexte post-crise migratoire. Pendant plusieurs années, l’Italie voyait débarquer des bateaux de fortune venant de l’autre côté de la Méditerranée. Le pays demandait l’aide de l’Union. Mais le continent n’a pas trouvé des solutions à la hauteur de leur importance. Rome a dû gérer quasiment seule, avec l’aide de quelques associations, de la crise migratoire qui concernait toute l’Europe.


Le scénario se reproduit aujourd’hui, et des voix s’élèvent en France contre cet abandon. « On attendait des institutions européennes qu’elles mettent en commun l’ensemble des matériels et des dispositifs médicaux qui auraient dû permettre d’intervenir là où les crises étaient les plus aigües » admet Yannick Jadot, député européen EELV. Dans un ton plus solennel, Bruno le Maire, ministre de l’Économie, prévient : si l’UE laissait tomber l’Italie, « elle ne s’en relèvera pas ». Il appelle les États membres à « se rassembler » pour faire face à la crise du coronavirus. « Si c’est le chacun pour soi, si on laisse tomber certains États, si on dit à l’Italie, par exemple, « débrouillez-vous tout seuls« , l’Europe ne s’en relèvera pas ».

5 Mars 2020, Milan, ville fantôme

Quelles solutions pour l’Italie ?

Les Italiens considèrent « que les européens ne sont bons qu’à faire des discours. Ils observent que ce sont les Chinois, les Cubains et les Russes qui ont fourni des renforts », nous raconte Alban Mikoczy, journaliste pour France Télévisions à Rome.
En effet, ce sont des pays bien plus éloignés qui répondent à l’appel des italiens. Le 12 mars, la Chine, berceau de l’épidémie, envoie 9 experts médicaux du pays et des milliers de masques de protection. Pékin a également annoncé livrer plusieurs tonnes de matériel médical. Selon Francesco Rocca, président de la Croix-Rouge italienne, l’avion contient « des ventilateurs, du matériel respiratoire, des électrocardiographes, des dizaines de milliers de masques et d’autres matériels de santé ».


En plus de l’aide chinoise, les renforts du monde entier ont continué à affluer ce week-end. Samedi 21 mars, 52 médecins et infirmiers quittent Cuba pour rejoindre la Lombardie, où le personnel médical de la région ne suffit plus face au nombre de malades. Dimanche 22 mars, c’est au tour de la Russie d’envoyer des centaines de virologues expérimentés de l’armée russe mais aussi 9 avions et 100 militaires sur le sol italien au sud de Rome. Une aide qui reste à relativiser : selon la protection civile italienne « Les Russes ont envoyé des respirateurs à 80% inutilisables. Le coup de communication est déjà réussi », nous explique Alban Mikoczy.

Giuseppe Conte, 1er ministre italien devant le Parlement européen

L’Italie tente de mobiliser l’UE

Malgré l’abandon européen, Rome continue d’émettre des idées. L’Italie propose à ses partenaires européens la création de « corona bonds » pour obliger à mutualiser les dettes des pays de la zone euro. Mais ce système ne va peut-être pas convaincre tous les pays de l’UE. Il a été envisagé auparavant, mais le nord de l’Europe, dont l’Allemagne, était contre ce projet.


L’Italie propose également un recours au MES (Mécanisme Européen de Stabilité). Selon le site « Toute l’Europe« , cela permet d’accorder des prêts à un État en difficulté à des taux d’intérêts bas. Le MES peut également en cas de risque d’endettement trop important, octroyer une assistance financière par précaution.


Selon la présidente de la Commission européenne : « La pandémie du coronavirus est un test pour nous tous, c’est un défi sans précédent pour nos systèmes de santé et un choc pour nos économies ». Pour rester unie, l’Union européenne devra développer autre chose qu’un marché commun : la solidarité des peuples.

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