National Politique

L’Assemblée nationale sous tension

La création d’un nouveau groupe parlementaire fait des émules au palais Bourbon et son impact sur le monde politique post covid-19 se joue dans les prochains jours.

On a presque cru à un apaisement lorsque le 11 février au soir, les députés de la majorité étaient reçus à l’Élysée. Ce soir-là, on retrouvait le président, de nouveau en campagne, face à des parlementaires blessés et déçus par l’exécutif, par les sermons venus du palais et par un sentiment d’inutilité. Il fallait plus qu’une séance de câlinothérapie pour les 320 invités du président, ils demandaient des promesses. Emmanuel Macron a su resserrer les rangs à gauche, en parlant d’une fin de quinquennat sociale et écologique, d’un « après réforme des retraites » qui ne serait plus comme avant.

Mais, une fois la tension redescendue par le discours du Faubourg-Saint-Honoré, parlementaires, exécutif ainsi que toute la France, sombrèrent dans la crise du coronavirus et de ses imbroglios politiques. Les travers de l’exécutif que dénonçaient l’opposition et des dissidents de la majorité, ont été ressuscités et exacerbés. Si l’actuel quinquennat est marqué par la volonté de faire vite, presque dans une urgence permanente, le gouvernement a dû répondre à une urgence réelle.

Face à des députés déjà « exténués » par l’étude de la réforme des retraites, comment augmenter la cadence et faire voter promptement une loi d’état d’urgence sanitaire ou un plan de déconfinement ? La distanciation sociale n’aidant pas, les élus n’étaient que 75 dans l’hémicycle lors de la prise de parole d’Édouard Philippe. Modification expresse de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, parlementaires en nombre réduit, absence de temps pour étudier les textes, les députés ont été pressés et les tensions sont naturellement revenues.  

Écologie, démocratie, solidarité

L’union nationale, comme face à toute tragédie a donc été de courte durée. Début avril, des rumeurs de sécessions chez les macronistes circulaient dans les couloirs du palais Bourbon. Mardi 19 mai, cela sera officiel ; 11 députés LREM quitteront leur groupe parlementaire pour rejoindre le nouveau-né de l’hémicycle « Écologie, Démocratie, Solidarité ». Autour de Matthieu Orphelin, seuls 22 députés au total pour le moment, mais certains noms connus du grand public. On devrait y retrouver Cédric Villani, candidat à la mairie de Paris mais aussi Delphine Battot, ancienne ministre de François Hollande.

Si les membres du groupe seront officialisés lors d’une visioconférence de presse en fin de matinée mardi, on peut déjà présager une émulation à gauche, chez les verts et au sein de la majorité. Même le PS n’échappe pas à la tentation de quelques députés de rejoindre le 9e groupe parlementaire. La combinaison gagnante de 2022 serait alors l’écologie sociale ? Pas seulement. La volonté du groupe est aussi de faire valoir la voix des députés, des territoires, et ne pas laisser un exécutif trop libre de ses mouvements. L’appel à l’origine de ce nouveau groupe évoque même un salaire minimum dès l’âge de 18 ans. 

Un impact sur l’après Covid-19

Mais la confusion et l’hégémonie autour de ce groupe lui ont, d’ores et déjà, été défavorables. La République en marche, ses whips et ses cadres ont recadré les députés et notamment ceux qui comptaient parmi les 58 signataires de cet appel. Soustraction faite, ils ne seront que 11 LREM ou apparentés à être de la partie, mardi. Et la contre-attaque de la majorité n’a cessé de grandir depuis. Outre les coups de pressions sur les indécis, un pôle écologiste a été créé autour de l’ancienne écologiste Barbara Pompili et Hugues Renson. Une manière de garder les frondeurs pour LREM et de ne pas oublier les promesses présidentielles du 11 février.

Il paraît cependant peu probable qu’un simple pôle interne puisse contrecarrer les projets des députés sécessionnistes. Le départ des 11, aura un impact surtout symbolique et stratégique sur l’action législative. LREM perdra certes, sa majorité absolue, mais le concours des groupes MODEM et AGIR devraient permettre de faire voter les futures lois sans encombre. Cependant, ces mêmes groupes pivots à l’Assemblée seront concurrencés dans leur rôle par ce nouveau groupe. Mais l’aspect symbolique reste fort, LREM qui perdait jusqu’alors 1 député tous les deux mois, en perd dix d’un coup en pleine crise sanitaire. À l’Élysée comme à Matignon, on n’en est pas au branle-bas de combat mais la tête de l’État a tout de même dénoncé le 13 mai dernier, par la voix de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, « un contretemps et un contresens politique ».

Le remaniement, qui devrait arriver dans les mois à venir, sera crucial pour cette branche dissidente. La présence de membres d’« Écologie Démocratie Solidarité » dans le prochain gouvernement, permettrait au président de récupérer le nouveau groupe et de mieux amorcer le tournant écologique et social de son quinquennat. Les prochaines semaines réservent donc une forte hégémonie et un très intéressant mercato parlementaire qui saura, pour sûr, impacter la suite du quinquennat et l’après covid.

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