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18 mai 1096 : un jour sanglant pour la communauté juive

Massacre des Juifs à Metz lors de la Première croisade, A. Migette, XIXè siècle, Musée de la Cour d’Or.

Le 18 mai 1096, environ 800 juifs sont assassinés à Worms en Allemagne. La première croisade lancée par le Pape Urbain II en 1095 soulève une masse paysanne inattendue. En marche pour rejoindre Jérusalem, les foules chrétiennes s’abattent sur les juifs, considérés depuis longtemps, comme des « ennemis de Dieu ».

Le 7 novembre 1095, le pape Urbain II clôt le concile de Clermont en lançant un appel à la croisade pour libérer le tombeau du Christ. Alors que princes et barons se préparent à partir le 15 août de l’année suivante, le message du pape à un incroyable retentissement dans les villes et les campagnes. Les masses pauvres y voient l’occasion de quitter leurs situations précaires en partant sur les chemins vers Jérusalem. Ces hommes et femmes pauvres ont subi sécheresses et famines, et espèrent, en participant à la croisade, obtenir une vie plus prospère et un espoir de salut. Ils constituent ainsi ce qu’on appelle une croisade populaire. Ils partent sans argent, ni provisions, vers la ville de Jérusalem, sans vraiment savoir où elle se trouve…

Saint Urbain II prêchant la croisade, Jean Fouquet.

Le massacre de Worms

Le 18 mai 1096 Emich de Flonheim, à la tête d’un contingent, arrive à Worms. Lui et ses croisés (ceux qui participent à la croisade) font courir le bruit que les juifs ont empoisonné les puits et noyé un chrétien. Bien que l’évêque de Worms ait tenté de protéger la communauté juive, les troupes d’Emich de Flonheim assassinent environ 800 juifs. Certains d’entre eux se convertissent en urgence, d’autres préfèrent mourir que de se faire baptiser. Worms est malheureusement loin d’être la seule ville touchée par ce genre de barbaries. Mayence, Cologne ou Spire sont ainsi « purgées » de leur population juive. « Brusquement ils attaquèrent un petit groupe de juifs, les mutilèrent et les mirent en pièces, démolirent leurs maisons et leurs synagogues. À la vue de cette cruauté, environ deux cents d’entre eux prirent la fuite dans la nuit, mais les croisés les découvrirent, ils en firent un carnage identique et les dépouillèrent de tous leurs biens » rapporte le chroniqueur Albert d’Aix à propos du massacre de Cologne.

Exécution de Juifs (reconnaissables à leur chapeau d’infamie « judenhut », ) lors de la Première croisade, illustration d’une Bible française, 1250

Le juif, l’« ennemi de Dieu »

« Un jour, des hommes, qui en vue de l’expédition en Terre Sainte avaient pris la croix, commencèrent à murmurer en ces termes : notre intention est d’aller massacrer les ennemis de Dieu en Orient, non sans avoir à traverser d’immenses territoires, alors que nous avons sous nos yeux les juifs; or il n’existe pas de race plus hostile à Dieu » (propos du célèbre moine Raoul Glabert). Avant de délivrer les lieux saints aux mains des ennemis musulmans, pourquoi ne pas s’occuper en premier des ennemis plus proches et plus visibles que sont les juifs ? Tenus pour responsables de la passion du Christ, les « ennemis de Dieu » s’avèrent être relativement riches. Ils ont le droit de prêter de l’argent, aucun interdit religieux ne les en empêchant. Beaucoup de chevaliers qui mènent les croisades sont endettés auprès de juifs usuriers. Les éliminer permet donc de supprimer les dettes et de récupérer suffisamment d’argent pour entreprendre la suite du voyage. Tout cela, sous couvert religieux, alors que l’Église s’est opposée à la persécution des juifs.

La majeure partie des croisés n’atteindra pas Jérusalem. La plupart mourront en effet d’épuisement, de faim, de maladie ou tués par les défenseurs des villes traversées. Les chroniques hébraïques feront des juifs massacrés en Rhénanie des martyrs qui ont préférés mourir que de trahir leur religion. Rappelons néanmoins que ce ne sont pas que les masses populaires qui se sont livrées aux violences. Des barons y ont également participé.

Enfin, l’historien américain David Nirenberg expliquent que les massacres de Rhénanie « occupent une place importante dans l’historiographie juive moderne et sont souvent présentés comme le début d’un antisémitisme qui ne disparaîtra pas par la suite et dont le climax sera la Shoah ».

Pour en savoir plus :

1 comment on “18 mai 1096 : un jour sanglant pour la communauté juive

  1. Terracotta

    Encore et toujours les juifs
    Faut changer de discours un peu…

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