Politique

21 mai 1871 : Paris brûle, Paris saigne

Le « 28 janvier 1871, Paris affamé capitulait », laissant derrière elle l’Alsace, la Lorraine et le goût amer de la défaite face aux Prussiens. Le gouvernement d’Adolphe Thiers s’exile à Versailles laissant derrière lui un peuple révolté. La « Commune de Paris »  est née avec ses barricades et assume le pouvoir dans la Capitale. Le 21 mai 1871 seulement, l’assaut est lancé, sonnant le glas d’un des épisodes les plus sombres du mouvement révolutionnaire : la semaine sanglante.

« Les secousses politiques qui depuis 60 ans ne cessent d’ébranler la France, lui ont donné profondément à réfléchir sur l’influence que Paris a exercée jusqu’ici sur ses destinées. Elle paraît désormais bien décidée à ne plus courber son front devant les tribuns ambitieux et la petite armée d’émeutiers qui ont placé le centre de leur propagande au sein de la capitale, afin d’exploiter à leur profit l’influence morale et légitime qu’elle exerce sur tout le reste du pays. Cependant, se maintenir en possession de la capitale sera toujours le but le plus important du gouvernement. Si la politique ne le lui demandait pas, l’honneur et l’humanité lui en feraient une loi impérieuse, il ne pourrait pas abandonner sans crime la grande cité à l’affreuse tyrannie de l’émeute. Il faut donc se mettre en mesure par tous les moyens que peut suggérer l’art et la prévoyance, de rester maître de Paris. ».

Le général Bugeaud, « L’homme de la rue Transnonain », écrit ce texte en 1849. Explicite au plus haut point sur la lutte contre le prolétariat, l’État français décide d’en empêcher sa publication. La fin d’une perspective révolutionnaire résonnait dans l’idéal d’Adolphe Thiers, s’agissant de « jeter le drapeau rouge aux oubliettes de l’histoire. L’objectif était de mettre fin à la dangerosité de la classe prolétaire qui se manifestait bien trop impétueusement depuis 1789 » écrivait en 2013 le groupe « prolétaires internationalistes ».

 

« Paris sera soumise à la puissance de l’État »

 

À la fois une réaction à la défaite française de la guerre franco-prussienne de 1870 et au siège de la capitale, la Commune de Paris marque la scission entre une majorité monarchiste à l’Assemblée nationale et le « rouge »  du Paris républicain. La répression résonne dans les paroles conservatrices dès le début du soulèvement. « M. Thiers ne veut rien faire qui contrarie les rouges (…) Saint Thiers a pour ces abominables scélérats des tendresses paternelles » écrivait la Comtesse de Ségur. Pour marquer la fin de cette insurrection, le massacre s’engage, apaisant ainsi les maux des élites conservatrices appelant à écraser la  « vermine rouge ». « Il reste à M. Thiers une tâche importante : celle de purger Paris. Jamais occasion pareille ne se présentera (…) Allons, honnêtes gens, un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et sociale, nous devons traquer comme des bêtes fauves ceux qui se cachent » pouvait-on lire dans un article du Figaro.

« Paris sera soumise à la puissance de l’État comme un hameau de cent habitants ! » – Adolphe Thiers

Dimanche 21 mai 1871, entre 14 heures et 15 heures, Paris, sur la rive droite en aval de la Seine, se situe la porte du Point-du-Jour. Jules Ducatel, piqueur des ponts et chaussées et indicateur de l’armée républicaine, alerte les troupes régulières versaillaises. Le point d’accès n’est plus gardé, totalement à l’abandon, l’occasion parfaite pour lancer le siège. L’ordre est donné par Adolphe Thiers référé par le général Douay, lui-même informé par le capitaine de frégate Auguste Trève. La division Vergé est alors guidée par Jules Ducatel, jusque-là sous haute surveillance. Les troupes craignant une ruse des fédérés. Direction le Trocadéro sous commande du colonel Piquemal. L’armée prend à revers les principaux points de révolte, à savoir les barricades, afin d’encercler la Capitale.
L’occupation avance, passant par Passy, Auteuil… Les quelques 100 000 Versaillais de  Mac Mahon sont pour la plupart jeunes et inexpérimentés. Mais les Communards, sous l’aile républicaine de Louis Charles Delescluze, ne font pas le poids face aux quelques soixante-dix mille Versaillais qui infiltre la petite ceinture. Des tribunaux sont construits à la hâte, on les appelle « cours prévôtales ». Ils prennent place au Châtelet, dans les prisons et autres institutions, à l’image de l’École polytechnique.

 

« On traque, on enchaîne, on fusille tous ceux qu’on ramasse au hasard. »

 

Écrite en 1871 à Paris pendant les combats de la Commune de Paris, « La Semaine sanglante » est une chanson révolutionnaire de Jean Baptiste Clément. Riche de référence, la terreur de Robespierre en prend pour son grade. Si elle a bien eu lieu un siècle plus tôt, une répression aussi sanglante et un monarchisme tyrannique de même ampleur couvrent la critique qui se glisse dans les vers de la chanson. Ce dimanche de mai, annonce les prémices d’une « terreur tricolore ». Les maisons sont fouillées, les arrestations s’enchaînent. Les premiers massacres sont perpétrés par la Garde nationale de l’Ordre, policiers et gendarmes. Des personnes fichées sont parquées dans des endroits perquisitionnés pour y être fusillés.

Plusieurs femmes défendant la barricade de la place Blanche
La Prise de Paris, Lithographie, musée Carnavalet, Paris.

Une semaine, c’est ce qu’il aura fallu à l’armée versaillaise pour reprendre Paris. Elle se termine le dimanche, au Père Lachaise au corps à corps. On estime qu’un peu plus de 20.000 personnes ont perdu la vie lors des affrontements, environ 40 000 ont été arrêtés, s’en suivra environ 50.000 jugements. Niveau matériel, plusieurs bâtiments partent en fumée, parmi lesquels le palais des Tuileries, le palais de Justice gothique, l’Hôtel de Ville hérité de la Renaissance, le Palais-Royal et le palais d’Orsay.

Du dimanche 21 mai au dimanche 28, la semaine sanglante fut la réponse de l’État se soldant par l’écrasement de la révolte. Cet événement terni l’image du chef de l’exécutif Adolphe Thiers à tout jamais. Clémenceau écrivait à son sujet : « Thiers, le type même du bourgeois cruel et borné, qui s’enfonce sans broncher dans le sang ».

Image mise en avant : Henri Félix Emmanuel Philippoteaux, Bataille du cimetière du Père-Lachaise (1871), Bordeaux, musée d’Aquitaine.

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