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Le Brésil frappé par le covid-19 : « et alors ? »

Avec un total de 18 900 décès et plus de 293 000 cas confirmés, le Brésil est en passe de devenir le nouveau foyer du covid-19. Mais la situation du pays ne semble pas inquiéter davantage son président, Jair Bolsonaro, qui continue de minimiser la gravité du virus.

Le Brésil a franchi un nouveau pas dans le rouge. L’État le plus grand d’Amérique du Sud est devenu le troisième territoire où le nombre de contaminations est le plus important, derrière les États-Unis et la Russie. Le pays de 209 millions d’habitants compte désormais plus de 293 000 cas confirmés et 18 900 décès. Mardi, le ministère de la Santé a annoncé que plus de 1 000 personnes étaient décédées du covid-19 au cours des dernières 24 heures. Une première.

Selon plusieurs experts, ces chiffres sont encore loin de refléter la réalité. Le Brésil manque de tests et le pic de contaminations ne serait pas encore passé.

« Une petite grippe »

Pour le président brésilien, le virus n’est rien d’autre qu’« une petite grippe », dont les médias exagéreraient la gravité. Des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter ont même dû supprimer certaines de leurs publications contenant des fausses informations sur le covid-19 car elles violaient les règles de contenu « nocif ».

Aucune mesure sanitaire n’est prise à l’échelle nationale. Jair Bolsonaro, lui-même, ne tient pas compte des recommandations sanitaires telles que la distanciation sociale. Des confinements plus ou moins stricts sont de rigueur dans certains États, sur décision de leur gouverneur. De quoi agacer le leader d’extrême droite, en conflit ouvert avec la majorité des 27 gouverneurs, qui appelle à ne pas cesser le travail. « Le virus est arrivé et nous lui faisons face et il va bientôt passer. Notre vie doit continuer. Les emplois doivent être maintenus, les moyens de subsistance des familles doivent être préservés. Nous devons revenir à la vie normale » a-t-il déclaré.

Quelques semaines plus tôt, le président brésilien avait déjà fait la polémique lors d’un entretien avec une journaliste. Lorsqu’elle l’interrogeait sur le nombre de victimes du covid-19 plus important au Brésil qu’en Chine, il avait répondu : « Et alors ? Je regrette. Mais que voulez-vous que j’y fasse ? ».

Des opinions divergentes

Même si le président brésilien compte toujours de nombreux adeptes, les opinions commencent à diverger. Dans un sondage réalisé par l’institut Datafolha, 59 % de la population brésilienne pense que Jair Bolsonaro ne devrait pas démissionner, contre 37 % pour.

Sur Twitter, des hashtags contre le leader d’extrême droite naissent comme #BolsonaroTraidor (Bolsonaro traître) ou #BolsonaroGenocida (Bolsonaro génocide). Les personnes y dénoncent l’incompétence du président.

1179 morts, 1 mort toutes les 73 secondes. Et le président de la République ? Faisant quoi ? Porter un maillot en demandant le retour du football, pour faire mourir encore plus de gens.

La semaine dernière, Lula, ancien président brésilien de 2003 à 2011, avait déclaré à l’AFP : « je prie pour que le Brésil soit sauvé d’un génocide causé par Bolsonaro ».

Le ministère de la Santé chamboulé

En l’espace d’un mois, deux ministres de la Santé ont quitté leur poste, à la suite de désaccords avec le président brésilien. En place depuis l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro le 1er janvier 2019, Luiz Henrique Mandetta, a été poussé vers la porte de sortie par le leader d’extrême droite. La raison : l’ancien ministre avait prôné la distanciation sociale et le confinement.

Le 17 avril, il est remplacé par Nelson Teich. Mais ce dernier ne reste pas longtemps à ce poste et démissionne au bout de quatre semaines, sous les pressions de Jair Bolsonaro. Les deux hommes n’étaient pas d’accord sur l’usage de l’hydroxychloroquine face à la pandémie du coronavirus. La molécule, qui n’a pourtant pas été certifiée « efficace » par les scientifiques et qui peut s’avérer dangereuse, est le cheval de bataille du président brésilien.

Depuis vendredi, le poste est vacant alors que le virus du covid-19 continue de se propager massivement sur le territoire brésilien. Le général Eduardo Pazuello exerce actuellement cette fonction par intérim depuis le 15 mai. Dans un document publié ce mercredi, le ministère de la Santé recommande l’usage de la chloroquine pour les cas légers de covid-19. Une victoire pour les convictions de Jair Bolsonaro.

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