Culture & Société

30 mai 1431/1943 : de Jeanne d’Arc au Chant des partisans

Un 30 mai, Jeanne d’Arc brulait vive en 1431 pendant que le chant des partisans résonnait sur les ondes de la BBC, 512 ans plus tard. Symboles politiques de la lutte contre l’ennemi et pour la liberté, leur intemporalité sert, aujourd’hui, encore la lutte contre l’oppression.

Après un procès inique, Jeanne d’Arc est brûlée vive, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen le 30 mai 1431. Un an et sept jours plus tôt, elle est capturée par les Bourguignons au siège de Compiègne et livrée aux Anglais. Décrédibiliser le roi Charles VII, pour lequel elle servait avec diligence, animait la hâte des Anglais souhaitant faire condamner celle que l’on surnomme la pucelle d’Orléans. Enfermée initialement à Crotoy, c’est peu de temps avant Noël qu’elle est emprisonnée au château du Bouvreuil à Rouen. Ce n’est que le 9 février 1431 que le procès s’ouvre. Le tribunal d’Église est présidé par Pierre Cauchon, théologien et évêque de Beauvais, qui pour bien se faire voir par les Anglais arrange un procès en hérésie sur concours du vicaire de l’inquisiteur en France.

Le doute pèse sur les ecclésiastiques quant à l’adresse de Dieu à une fille du peuple. Seuls les habitants témoignent favorablement sur l’enquête qui est menée à Domrémy embarrassant l’église qui s’empresse de détruire les rapports. Face à la difficulté de faire céder l’accusée la procédure est accélérée et les accusations se succèdent, lui reprochant ses fausses visions ou d’avoir revêtu des habits d’hommes. Force de caractère, la jeune fille est menacée, conduite au cimetière de l’abbatiale de Saint-Ouen où a été préparé un bûcher. Tout est prêt pour une condamnation à mort. Seuls, sa rétractation et son renoncement à ses habits masculins lui feront échapper à la mort.

Face à l’épuisement, elle cède, se soumettant à l’église et aux habits de femme. La sentence à mort fait place à un an d’emprisonnement. Mais, de retour dans sa cellule, au grand mécontentement des Anglais, ses vêtements sont subtilisés. Surprise dans des vêtements d’homme, elle est condamnée au bûcher, accusée d’être retombée dans l’hérésie.

Récupération politique et symbole national

Figure du patriotisme elle fut celle qui libéra la France de l’envahisseur Anglais et aida Charles VII à accéder au trône. Sa popularité gagne en même temps que la montée du patriotisme. Déclaré nul en 1456 par l’église, son procès et sa condamnation laissent place à la réhabilitation. Symbole du revanchisme français, l’héroïne est béatifiée en 1909 avant d’être canonisée en 1920 par le pape Benoît XV.

Incarnation de la résistance du peuple de France contre l’oppresseur, Jeanne d’Arc est utilisée et reprise par les républicains à l’instar de Jules Michelet jusqu’à Emmanuel Macron déclarant vouloir “rattacher Jeanne d’Arc, sainte catholique, souvent courtisée par l’extrême droite, à l’idéal républicain”.

399px-Statue_of_Jeanne_d'Arc_in_Paris,_Rue_de_Rivoli

Emmanuel Frémiet, Statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides, Paris, 1874

La « paysanne de France abandonnée par son roi et brûlée par l’Église » prend place dans les discours du Parti communiste de Maurice Thorez. Une réinterprétation historique de la légende de Jeanne d’Arc a été nécessaire pour intégrer la pucelle dans le patrimoine communiste. Passant évidemment par une mise à l’écart de la « dimension religieuse ». Pour la gauche, Jeanne d’Arc représente la fille du peuple et l’oppression induite par les nobles et l’Église.

Pour la droite, l’incarnation du nationalisme et de l’identitaire établissent les caractéristiques de celle-ci sont célébrées chaque année depuis 1988. Le combat contre l’oppresseur régit les discours, tandis que Jeanne d’Arc repousse l’envahisseur anglais, les contemporains doivent faire face aux oppresseurs étrangers. Le rendez-vous est donné chaque deuxième dimanche du mois de mai pour les sympathisants royalistes et de l’extrême droite, un défilé est organisé en hommage à celle qui a libéré la ville d’Orléans.

 

La « Marseillaise de la Libération »

Hymne à la libération, en 2019 le « chant des partisans » fait l’objet d’une exposition temporaire au musée de l’Ordre de la Libération à Paris. Son histoire reste à ce jour encore méconnue tandis que les cérémonies officielles et les différentes reprises ont popularisé le chant des résistants qui a son tour devient un symbole politique et social.

L’histoire prend ses racines en 1941 avec la guitariste et chanteuse Anna Marly, une aristocrate née Anna Betoulinsky en 1917 en Russie dans la ville de Pétrograd en pleine révolution d’Octobre et exilée en France peu après. Contrainte à s’exiler à nouveau à cause de la guerre, en Angleterre cette fois, elle côtoie les Forces françaises libres et les cercles russophones résistants. La bataille de Smolensk et le rôle des Partisans soviétiques ouvre la porte à la composition de La Marche des partisans. Une prise de conscience patriotique pose les mots d’une chanson russe à succès.

Séduit par une mélodie facilement identifiable et des paroles fortes, le journaliste Emmanuel d’Astier de la Vigerie repère la compositrice et le potentiel de la chanson lors d’une soirée. Il en fait part en mai 1943 au résistant et animateur radio André Gillois qui cherche un indicatif pour son émission dont il est figure de proue Honneur et Patrie, diffusée par la BBC. Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon sont appelés à collaborer avec Anna Marly pour écrire une version française, La Marche des partisans devient le chant des partisans.

Voyage à travers le temps : des Russes blancs aux Gilets Jaunes

Puissance des mots, popularité et patriotisme ont rythmé le siècle. D’émission en émission la chanson est reprise par les plus grands : Les choeurs de l’Armée rouge, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Zebda, Noir Désir et bien d’autres. À l’instar du symbole intemporel de Jeanne d’Arc, le chant des partisans inspire les classes politiques à résister contre l’oppression. Le groupe Zebda a remis au goût du jour la chanson populaire sur fond de lutte sociale et fraternel appelant à combattre les discriminations, un « hymne contre l’oppression du peuple par un autre » qui prend le titre de « Motivé – Le Chant des partisans » en 1997.


Plus récemment les paroles ont pris un sens politico-social contestataire vis-à-vis d’une politique « violente, injuste et insupportable ». Le mouvement des gilets jaunes qui a, au fil des 16 derniers mois a cristallisé le mécontentent social s’est également re approprié les paroles de l’œuvre lors des manifestations sur l’ensemble du territoire français.

« Ami, entends-tu le vol noir de la finance sur nos payes » ; « Macron, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

Aujourd’hui classé « Monument historique » depuis 2006, le manuscrit original de l’œuvre devenu propriété de l’État est conservé à Paris musée de la Légion d’honneur.

Crédit photo : Image à la Une : @leo.jeje Jeanne d’Arc présentée à la Vierge et l’enfant Jésus (détail), Sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Barbe, Domrémy-La-Pucelle

0 comments on “30 mai 1431/1943 : de Jeanne d’Arc au Chant des partisans

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :