Écologie Culture & Société

Une ère épidémique ?

Les scientifiques et les chercheurs n’ont jamais été autant mis en lumière depuis l’arrivée du Covid-19. Cette nouvelle maladie infectieuse questionne sur la nature des épidémies et du monde de demain.

Covid-19 ou nouveau coronavirus, depuis des mois maintenant, ces mots reviennent chaque jour dans les médias. Cette épidémie, devenue une pandémie, a confiné la moitié de la population mondiale, du jamais-vu. Elle fait partie d’une liste non exhaustive de maladies infectieuses dont l’Humanité a dû faire face. Cependant, les épidémies de maladies infectieuses ont quintuplé depuis les années 1960 : la grippe asiatique en 1956, grippe de Hong Kong, la fièvre de Lassa, le virus VIH, le SRAS en 2002, H1N1 en 2009, MERS-CoV en 2012, Ebola en 2014… Les scientifiques sont d’accord pour dire que les épidémies sont de plus en plus régulières et rapides malgré qu’elles soient moins mortelles qu’avant, grâce aux progrès scientifiques. Néanmoins avec le facteur de la mondialisation, les épidémies ont plus de chance de se transformer en pandémies.

Pour Serge Morand, chercheur au CNRS et CIRAD, thésard en écologie, cette augmentation des épidémies est due aux bouleversements sur la biodiversité engendrée par l’activité humaine. Il met en évidence la mondialisation, l’élevage intensif et les contacts chamboulés par les êtres humains sur la faune sauvage. La plupart des épidémies, telles que le COVID-19, sont des zoonoses. C’est-à-dire, une maladie infectieuse transmissible d’un animal vertébré à l’être humain et ce n’est pas un cas rare. En 2016,  selon le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale. Face à la vie moderne, la faune sauvage diminue au fil du temps. Les animaux non domestiqués sont dans l’obligation de se déplacer pour survivre. Or, comme le souligne Serge Morand : «c’est cette proximité entre la faune sauvage et les animaux domestiqués qui crée une condition d’émergence des maladies infectieuses.»

L’exemple du virus Nipah en Asie

Pour illustrer ses propos, le chercheur évoque le virus NIPAH en Asie. Ce virus a eu lieu à cause du croisement inhabituel entre des chauves-souris et des porcs, en Malaisie. Ces chauves-souris frugivores vivent d’ordinaire dans la forêt, là où se trouve l’abondance de nourriture pour elles. Face à la déforestation massive dans ce pays pour récolter l’huile de palme, ces dernières se voient dans l’obligation de quitter leurs habitats naturels. Elles circulent ailleurs à la recherche de pâture, à côté des élevages intensifs, là où se trouvent des arbres fruitiers à proximité. Ensuite, en récoltant les fruits, elles défèquent puis tombe sur les cochons d’élevages. Ces derniers attrapent le virus qui le transmet aux hommes, aux éleveurs en premier. Enfin, les bêtes sont envoyées à Singapour pour être tuées, et ainsi d’autres travailleurs sont infectés dans les abattoirs.

Pour l’écologue : « cette perte de biodiversité menace le système naturel de régulation des virus.» Et les chiffres ne sont pas rassurants, d’après une étude de l’ONU en 2019, jusqu’à un million d’espèces seraient menacées d’extinction. Serge Morand démontre dans ses recherches que plus la biodiversité est grande, plus il y a des maladies infectieuses, mais ces microbes se transmettent mal, donc le risque d’épidémie est faible. En revanche, lorsque la biodiversité est menacée cela favorise les contacts et les transmissions, par conséquent le risque d’avoir des épidémies augmente. Dans les élevages industriels, la diversité génétique a chuté de manière drastique, les animaux sont « standardisés», ce qui favorise cette transmission de pathogènes, contrairement aux fermes locales. De manière générale, il y a une augmentation des animaux d’élevage depuis la mondialisation. Si on prend l’exemple du poulet d’élevage dans le monde, ce dernier dépasse largement le nombre d’humains, 22,7 milliards, selon des chercheurs anglais.

Il y a toujours débat dans la sphère scientifique

Serge Morand est loin d’être le seul scientifique à faire le lien entre biodiversité et épidémie. De nombreux chercheurs se rangent sur le même constat. Selon le rapport Frontières du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) datant de 2016 : « l’émergence de zoonoses est souvent associée à des changements environnementaux ou perturbations écologiques, comme l’intensification agricole et l’établissement humain, ou empiétements sur les forêts et autres habitats.» Dans ce même rapport, le PNUE a signalé que la hausse des épidémies de zoonoses partout sur Terre est préoccupante, pouvant entraîner une menace pour l’économie et pour l’écosystème. Ce rapport explique aussi que les animaux domestiques et plus particulièrement le bétail fonctionne tel un « pont de maladie», qui a été contaminé au préalable par un animal sauvage, c’est le cas de la grippe aviaire. Le PNUE écrit « c’est particulièrement le cas pour les animaux d’élevage intensif qui sont souvent génétiquement similaires au sein d’un troupeau et manquent donc de la diversité génétique qui fournit une résilience». Ce dossier apporte des chiffres assez importants comme le fait que tous les quatre mois en moyenne, une nouvelle maladie infectieuse apparaît chez l’être humain.

Néanmoins, il y a toujours un débat dans la sphère scientifique avec la corrélation entre biodiversité et l’émergence d’épidémies. Face à la complexité du sujet, les scientifiques continuent leurs recherches à la découverte d’explication et à comprendre le processus. Certains scientifiques, dont Marcel Kuntz, biotechnicien végétal, ne voit pas le rapport entre l’actuel coronavirus et la perte de la biodiversité, mais observe plutôt une idéologie de la part de nombreux scientifiques. Le 8 avril 2019, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a écrit : « en l’état actuel des connaissances, la pandémie en cours apparaît liée à ces atteintes à la biodiversité.» Marcel Kuntz critique que cela soit juste une corrélation et non une  « démonstration de cause à effet.» Le scientifique déplore que cela ait été rédigé par 16 dirigeants, tous membres de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement. Ce dernier voit simplement un acte de lobbyiste de la part de la FRB pour assurer le financement des recherches qu’elle encourage. De plus, pour Kuntz, il est trompeur de rassembler toutes les maladies infectieuses de zoonoses ensemble, puisqu’il n’y a pas qu’une seule cause. Tout en précisant qu’aucune étude établit un lien entre le Covid-19 et la biodiversité pour le moment.

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