Culture & Société National

La parité : Strasbourg montre l’exemple

En France, moins de 5 % des rues (2% selon #Noustoutes) portent des noms de personnalités féminines. Si vous rencontrez une école Simone Veil, une impasse Louise Michel ou une allée Maria Callas, estimez-vous heureux/se, car la plupart d’entre elles resteront discrètes, tandis que l’on arpentera les boulevards Gambetta ou les avenues Georges Pompidou.

Strasbourg ne déroge pas à la règle. Malgré la symbolique de son statut de capitale européenne, et les valeurs qu’elle implique, on retrouve sept fois plus de noms masculins que féminins dans les espaces publics. Est-il inutile de rappeler les valeurs communes aux États membres de l’Union européenne qui sont, selon l’article I-2 du traité constitutionnel : dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit et respect des droits de l’homme ?

Face à ces inégalités, Strasbourg se mobilise

À l’origine de ces choix : les Commissions de dénomination du nom des rues, composées d’élus, d’historiens et des services de la Ville opèrent plus facilement pour des personnalités masculines. À Strasbourg, en 2011, la Mission droits des femmes et égalité de genre a pris part à cette commission, après avoir signé le 10 janvier 2010 la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale promue par l’AFCCRE (Association Française du Conseil des Communes et des Régions d’Europe).

Comment cela se passe concrètement ?

La ville et l’eurométropole de Strasbourg ont confié à la SPL Deux-Rives (société publique et locale des Deux-Rives), la mission de développer un projet urbain de grande ampleur, avec la création de 4 500 logements, d’activités économiques, d’équipements publics de proximité, d’équipements culturels. Urbaniser une ancienne friche industrielle, c’est créer un bon nombre de nouveaux espaces : l’occasion de s’engager pour la parité dans la dénomination de ces derniers.

Dès lors, quatre quartiers en projet arboreront les noms de personnalités féminines : c’est le projet « place aux femmes » de la SPL Deux-Rives. Les premiers espaces, au sein des quartiers Citadelle, Starlette et Coop, ont récemment été nommés par la Commission.

Alice Frémeaux, Responsable du développement de la SPL Deux-Rives répond à CAQS quant à l’objectif de ce projet, de féminiser les lieux publics de la métropole Strasbourgeoise.

Pourquoi cette dénomination des rues, qui peut paraître futile au premier abord, est-elle essentielle dans la lutte pour l’égalité hommes-femmes ?  

« Améliorer la place des femmes dans la ville et l’espace public, cela passe par beaucoup d’actions. Certes, on peut se dire que féminiser les noms des rues est superficiel. Pourtant, même si cela relève de l’ordre du symbolique, c’est une action de rattrapage nécessaire. Cela participe notamment à l’approche que l’on a des femmes qui ont marqué l’histoire, que ce soit locale, nationale ou internationale. Cela contribue aussi à rendre plus visibles les femmes dans l’Histoire de France et du monde. Notre passé c’est quelque chose qui reste assez subjectif et nul n’ignore qu’elle retient beaucoup plus le rôle des hommes que le rôle qu’ont pu avoir les femmes. 

La ville de Strasbourg s’engage également dans d’autres projets d’aménagements urbains en faveur de la parité homme/femme, pouvez-vous nous en dire plus ?

La question de la place de la femme dans l’espace public, c’est une question qui devient de plus en plus importante chez les urbanistes et les aménageur/ses. Prenons la question de la sécurité par exemple : on parle beaucoup du harcèlement de rue, de l’insécurité de certaines femmes dans les lieux publics. Rendre une rue plus lumineuse la nuit, ne pas créer d’espace potentiellement dangereux, ce sont des données essentielles à prendre en compte pour un ou une urbaniste.

Nous voulons également organiser les espaces. Nous savons qu’encore aujourd’hui, les tâches ménagères, s’occuper des enfants, les soins de la maison incombent très majoritairement aux femmes. Nous établissons alors une organisation urbaine qui faciliterait la vie des femmes, en prenant en compte que le fait qu’elles n’ont pas pour seul trajet : domicile – travail, mais bien d’autres préoccupations qui ne doivent pas les faire courir dans tous les sens. C’est pour cela que nous réfléchissons également à l’emplacement des crèches, des services, des écoles, etc.

La question, c’est aussi : comment réfléchit-on aux aménagements publics dans une approche moins genrée ? Comment peut-on penser un espace sportif qui ne bénéficie pas aux garçons seulement ? Aujourd’hui, 75 % des budgets publics français qui sont dédiés aux loisirs et aux sports des jeunes, ne bénéficient qu’aux garçons. En effet, on prévoit beaucoup de choses autour du foot. Le fait est que même si on encourage les femmes et les jeunes filles à faire du foot, cela reste quand même une pratique encore très masculine. Il faut alors proposer autre chose pour les jeunes filles.

Construire des nouveaux quartiers nous permet également de réfléchir sur la parité dans les écoles. Des sociologues ont observé qu’aujourd’hui, la cour de récréation est organisée autour du terrain de foot.

La liste complète des engagements de la ville de Strasbourg en faveur de la parité : https://www.strasbourg.eu/engagement-politique-fort-pour-egalite  

Vous avez, dans un but éducatif, accompagné chaque dénomination féminine de rue d’une vidéo qui retrace en quelques minutes la vie de cette personnalité. Espérez-vous parvenir à changer certaines mentalités en montrant que les femmes ont, elles aussi, marqué l’histoire ?

Nous restons modestes dans notre démarche, mais oui, nous espérons apporter notre pierre à l’édifice. On parle souvent d’invisibilisation des femmes dans l’Histoire. Or les rues, ce sont des noms que l’on pratique au quotidien : « Je te retrouve là, j’habite ici, je déménage dans cette rue ». Avoir plus de noms de femmes qui ornent les rues, c’est utiliser plus de noms de femmes au quotidien, et si on est un peu curieux, c’est également se renseigner sur ces femmes. C’est là qu’interviennent nos vidéos.

Le projet « Place aux femmes » est accompagné de plusieurs vidéos retraçant la vie de ces grandes figures de l’histoire

Vous êtes l’une des premières villes à mettre en place ce genre de projet, espérez-vous montrer l’exemple ?

Bien sûr ! En tous les cas, nous espérons participer à ce changement des mentalités. Nous savons aussi que la ville de Rennes travaille sur la parité dans les écoles. Ils peuvent donc nous inspirer et nous échangeons d’ailleurs là-dessus. La ville de Paris avait également agi au moment de la création de son tramway. Elle avait laissé place à des noms de personnalités de la communauté LGBTQI+. C’est un travail de coopération en vue de la progression, où l’on s’inspire les uns des autres.»

À Strasbourg, il y a une quinzaine d’années, le pourcentage de rues qui portaient le nom de personnalités féminines était de 5 %. Aujourd’hui, sans compter la promulgation du projet Deux-Rives, ce chiffre se porte à 23 %. L’évolution est positive, mais rien n’est acquis. Espérons que ce travail de « rattrapage » de la féminisation de la ville continuera sur cette lancée et qu’un jour, la femme se sente aussi à l’aise que l’homme dans les lieux publics.

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