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Municipales : la stratégie insoumise

Le mouvement fondé en 2016 par Jean Luc Mélenchon n’a investi aucun candidat pour ses premières élections municipales. Cependant, la France Insoumise a soutenu 550 listes partout en France. Le bilan reste difficile à établir.

UNE GRANDE STRATEGIE 

Souvent accusée de faire une campagne fantomatique, de « sauter » les élections municipales pour se concentrer sur les présidentielles, la France Insoumise a en réalité adopté une réelle stratégie d’implantation au sein des territoires. En ne présentant aucune liste estampillée par le nom du parti, les insoumis ont réussi à dérouter tant chez leurs adversaires qu’au sein de leur camp. Surtout que cette stratégie électorale de discrétion est précédée de l’échec des élections européennes où la liste de Marion Aubry n’avait atteint que 6,3%. Mais cette étonnante manœuvre n’est pas nouvelle, et connaît des origines hispaniques. Podemos, allié espagnol de la France Insoumise, avait usé du même fonctionnement pour conquérir Madrid et Barcelone.

La campagne insoumise a donc un goût très ibérique. Des militants de Podemos sur certaines listes soutenues par FI et même la revendication de l’influence barcelonaise à Montpellier. Une seconde inspiration stratégique est cette fois plus visible à travers cet élément de langage répété par les ténors de la gauche radicale : le municipalisme. Un élément de langage, mais avant tout une grande théorie politique qui a émergé durant les années 1970 et se retrouve au cœur de la France Insoumise et d’une partie de l’alter mondialisme d’aujourd’hui. Le municipalisme est un projet dans lequel les citoyens s’emparent des institutions locales. A partir de cette échelle municipale, la société entière est transformée pour donner plus de place aux citoyens, aux circuits courts ainsi qu’à la solidarité. La municipalité se retrouve alors à jouer un rôle beaucoup plus important dans la vie de la nation. Mais pour ce parti né avec la vocation présidentielle, c’est aussi un changement important. En se basant sur le municipalisme, la France Insoumise ne veut plus transformer la société ainsi que la République à partir de sa tête mais par le bas.

La logique voulait donc le soutien à des listes citoyennes et parfois des listes de gauche. Des listes de gauche qui, à s’y méprendre, ressemblent beaucoup à cette union de la gauche que rejettent en bloc les insoumis et Jean-Luc Mélenchon. En ne donnant pas le nom d’union des gauches à ces listes, FI se pose une nouvelle fois en alternative à la gauche traditionnelle tout en captant son électorat puisqu’elle vient s’immiscer en son sein. Agrégeant alors des militants locaux venus de différentes formations politiques au mouvement insoumis. Mais ce flou à gauche agace parfois chez les militants. Dans la France Insoumise, on fait des choses sans les nommer, parfois on ne fait rien et on les nomme. Ce flou permet tout de même aussi de fédérer ou de trouver des consensus.

Pour autant, malgré une grande stratégie, quelques meetings et de nombreux soutiens, FI a eu la volonté de ne pas être sur le devant de la scène lors des municipales. C’était pourtant l’occasion d’être présent sur la scène nationale. Une stratégie réussie puisque les grèves de décembre et janvier ainsi que l’obstruction parlementaire durant l’étude de la réforme des retraites ont permis un regain de présence du parti de gauche dans la vie politico-médiatique française.

ET MAINTENANT LE FLOU

Mais à la sortie des urnes, le flou revient. Encore une fois, Jean-Luc Mélenchon ne parlera pas des municipales dans son discours sur le premier tour. Les militants discutent, adhérent, fédèrent mais les ténors sont absents du jeu des édiles préférant se tourner une nouvelle fois vers la scène nationale. Le coronavirus.

Le bilan du premier tour sera expéditif. Dans un communiqué du 3 juin, le mouvement revendique 30 maires élus dès le premier tour et 200 listes encore dans la course pour le 28 juin. Un bilan certes positif pour un mouvement récent mais qui laisse à désirer puisque certains élus ne sont que soutenus par FI. Bien que la question soit intéressante, savoir si ce soutien se prolongera durant le mandat des élus importe peu le mouvement.

Mais, alors que la France Insoumise a déjà réussi grâce à la campagne du premier tour à s’implanter dans des collectifs locaux, des associations, des syndicats, à faire adhérer des militants aguerris, y a t-il encore un enjeu pour eux lors de ce second tour ? Ne pas tout gâcher. Aujourd’hui la France Insoumise a bien plus à perdre qu’à gagner. L’échec des européennes n’a pas grande importance pour un parti à vocation présidentielle. Et aujourd’hui l’enjeu pour le mouvement est d’accentuer sa présence, redorer le blason sali par les perquisitions et surtout ne pas se désagréger. Adrien Quatennens, député France Insoumise du Nord, disait « l’élection municipale n’est qu’une étape vers la grande baston politique qu’est l’élection présidentielle ». A l’aube des élections sénatoriales et régionales pour beaucoup de formations politiques, la gauche radicale se prépare déjà pour les présidentielles. Former les nouveaux comme les anciens militants, préparer les rangs, organiser la communication c’est ce qui importe aujourd’hui. Mais la question centrale au sein des insoumis est Jean Luc Mélenchon.

La France Insoumise a réussi à fédérer localement grâce aux municipales, mais autour de qui pour les présidentielles ? 

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