Élections Municicaqs 2020 Politique

(Municicaqs #5) – Saint-Étienne, une ville à moderniser

Alors que le premier tour avait désigné largement gagnant le maire sortant Gaël Perdriau, ses choix pour faire face à la crise du coronavirus et au centre-ville déserté, pourraient faire basculer les votes en faveur de son principal opposant, Pierrick Courbon.

Le 15 mars 2020 s’est tenu le premier tour des élections municipales, à Saint-Étienne comme dans toute la France. Ce premier tour a été dominé par le maire sortant, Gaël Perdriau (LR) et sa liste « Préférons le défi », qui a réuni 46,88% des voix. Derrière lui, son principal rival, Pierrick Courbon (PS, « Saint-Étienne demain ») avec 21,31% et Olivier Longeon (EELV, « Le temps de l’écologie ») avec 12,42% des voix. Enfin, 5 listes ont recueilli moins de 10% des voix : « Saint-Etienne c’est nous! » (Sophie Robert, RN, 9,24%), « Saint-Etienne avant tout » (Patrick Revelli, LREM, 4,72%), « St-T La Citoyenne » (Andrée Taurinya, Div.G, 3,14%), « Réinventons Saint-Etienne » (Zahra Bencharif, PRG, 1,22%) et « Lutte ouvrière faire entendre le camp des travailleurs » (Romain Brossard, Ext.G, 1,06%).

La campagne électorale pour les élections municipales a été marquée par de nombreuses interdictions dues à la pandémie. Mais elle n’a pas été sans polémique. Une semaine seulement avant le premier tour des élections municipales, la tête de liste RN Sophie Robert a révélé au site Valeurs Actuelles la présence sur la liste du maire sortant d’Abdelouahb Bakli. Ce quinquagénaire a été le responsable national de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) mais aussi du Conseil Régional du culte musulman (CRCM) de la région Rhônes-Alpes. Étant réputé proche des Frères Musulmans, sa présence a été considérée comme une atteinte à la laïcité.

« La religion doit rester dans la sphère privée » a rappelé le candidat à la mairie Pierrick Courbon (PS). Pour le candidat EELV Olivier Longeon : « le combat municipal doit être mené sur le terrain de la laïcité ». Le maire sortant dénonce « une campagne de calomnies » et « des attaques inadmissibles ». Mais certains de ses colistiers critiquent ce choix : « La présence de M. Bakli ne nous amuse pas beaucoup » a confié l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat.

Suite à ces difficultés et polémiques, les campagnes ont dû se réinventer. Après l’interdiction des rassemblements et du porte-à-porte, tout repose sur la campagne dématérialisée. Ainsi, on a vu apparaître une bannière Facebook « Je vote pour Gaël Perdriau », des posts sur différents réseaux sociaux qui mènent vers les sites des différents partis, les programmes et même des tables rondes virtuelles !

UN POINT FORT : L’ÉCOLOGIE

Olivier Longeon, candidat EELV (source : saintetienne.eelv.com)

Une des principales préoccupations françaises et stéphanoises est l’écologie et la préservation de notre biodiversité. Cela représente un point phare dans les programmes des candidats. Le maire sortant n’a pourtant porté ces valeurs que très récemment avec son initiative du « fauchage raisonné ». Une idée qui ne conquiert pas le cœur de tous les administrés. Cette pratique, bien qu’écologique, est appliquée trop tard aux yeux d’Olivier Longeon (EELV) : « Aujourd’hui, il vient nous dire qu’il a eu la révélation, qu’il va se mettre à faire de l’écologie et des pistes cyclables » ; et dans les mauvais espaces pour Lore Prijac, archère au parc de Méons, qui n’a pas été tondu au début de la saison : « Ce n’est pas adapté à la pratique de notre sport ».

D’autant plus que Gaël Perdriau a autorisé la création du centre commercial Steel, en périphérie, quasiment sans accès en transports en commun. Un débat qui a été au centre des conversations entre politiques et stéphanois. Tous les candidats se disent contre ce projet qui « nuit au développement du centre-ville et des quartiers de Saint-Etienne » pour Olivier Longeon. C’est « une catastrophe pour tous nos commerçants du centre-ville » selon Patrick Rivelli (LREM), « une triple trahison » pour Pierrick Courbon et « une très très mauvaise opération » aux yeux de Andrée Taurinya (LFI). Mais qu’en pensent les Stéphanois ? Les avis sont partagés. « L’initiative est bien mais trop excentrée. Saint-Étienne est répartie sur plusieurs endroits. Chacun va au plus près. Mais le centre ne va pas être développé. » confie Aline Cantat, étudiante à Saint-Etienne. Danielle Paolone, retraitée à Saint-Etienne, est intéressée par ce projet car « il y aura beaucoup de commerces regroupés au même endroit et quel que soit le temps on pourra s’y rendre, mais j’ai peur que le centre-ville soit de plus en plus déserté. » Pour Julie Pradel, étudiante à Saint-Étienne, « à l’heure où le centre-ville de Saint-Étienne se déserte j’ai du mal à comprendre cette initiative, explique-t-elle. Ce projet a dû coûter beaucoup d’argent et même s’il doit rapporter ça sera au détriment du centre-ville et des petits commerçants. Ainsi je pense « bouder » le Steel et ne pas du tout y aller. »

UN PREMIER MANDAT MOINS PORTÉ SUR L’ÉCOLOGIE

Gaël Perdriau, maire sortant LR ( source : perdriau2020.com)

En plus du fauchage raisonné, Gaël Perdriau aura tout de même, durant son mandat, créé la carte STAS 10 voyages à 10€, qui baisse le coût des déplacements en bus ou tram. Son programme explique qu’il a également investi 43 millions d’euros dans un « plan vélo ». Pour le candidat écologiste Olivier Longeon, désormais allié avec le PS, il est persuadé du contraire : « il a supprimé le projet de piste cyclable sur le nord de la Grande Rue, c’est-à-dire qui allait de la Terrasse jusqu’à Carnot, dans une de ses premières décisions. » Selon lui, ce projet était déjà dessiné et aurait dû être cofinancé par la région. 

Pour Olivier Longeon, le mandat de Gaël Perdiau a été « teinté d’un refus de l’écologie prononcé ». Il a limité la piétonnisation en centre-ville, négligé un traitement plus moderne des déchets et « n’a pas fait grand-chose en termes d’énergie nouvelles ». Il a également augmenté la présence de publicité dans les rues, avec des panneaux sur les trottoirs, dans « une vision qui date des années 1980-90 ». Pour le candidat écologiste, c’est le principal problème du maire actuel : « Il n’est pas dans son siècle. Il n’est pas dans la lutte contre le réchauffement climatique. »

DES IDÉES ÉCOLOGISTES À DÉVELOPPER

Pierrick Courbon, candidat PS (source : Twitter Le Progrès Loire)

Les propositions sur les programmes en termes d’écologie sont multiples. Le maire sortant se concentre surtout sur le développement des transports, comme il l’a fait jusqu’ici avec la nouvelle ligne de tram. Il propose, par exemple, un abonnement à 10€ par mois pour les enfants, étudiants, seniors, handicapés, chômeurs et CMU. Pourtant, ces personnes-là ne sont pas celles qui pourraient limiter la présence de voitures en centre-ville en allant au travail en transports en commun. Il veut également étendre le réseau du bus nocturne, le « Noctambus », et les horaires des trams jusqu’à une heure du matin. Pour les vélos, il propose des Véliverts gratuits, la création de 110 kilomètres de pistes cyclables et une augmentation de l’aide à l’acquisition de vélos électriques. Il envisage un réseau 100% propre d’ici 2030. Son programme inclut aussi un « plan fontaines » et « un plan parcs urbains », qui ne sont pas réellement développés dans leur mise en place. Mais l’idée séduit déjà Aline, étudiante : « Dans Saint-Etienne même il n’y a que le parc de l’Europe, difficile d’accès en tram. Mais ça manque je trouve. » Sa camarade Julie est d’accord mais pense tout de même que c’est « plus facile à dire qu’à faire à cause du manque de place et de l’entretien. »

Du côté de la gauche, avec l’alliance de Pierrick Courbon et Olivier Longeon, les propositions sont assez similaires pour proposer des plans concrets. Leur mesure phare est la gratuité des transports en commun, « à la fois solidaire et écologique » selon eux. Ils proposent de financer ce projet d’environ 25 millions d’euros avec un tiers d’économies de fonctionnement sur le budget de la Métropole (grâce à une baisse du budget de l’office de tourisme, de l’aéroport ou de la cité du design), un tiers de nouvelles taxes sur les surfaces commerciales comme le centre commerciale Steel, les amendes de stationnement et l’augmentation du « versement mobilité » des entreprises et enfin un tiers de projet politique (avec l’abandon de projets peu écologiques tels que l’A45 ou la patinoire olympique). Pour Aline, cela « permettrait à plus de gens de se déplacer un peu de partout. Après si c’est pour avoir une moins bonne qualité du service, c’est pas trop la peine. » Danielle, retraitée stéphanoise, précise que « plusieurs villes l’ont déjà mis en place et ils sont satisfaits. D’autre part cela permettrait à plus de Stéphanois de venir en ville et peut-être que cela fera revivre le centre ville. » Cependant, Julie explique que, dans ce cas-là, « il faudrait penser à augmenter le trafic car je prends souvent les transports aux heures de pointe et ils sont vraiment bondés ! »

Face au nombre peu important de Stéphanois se rendant au travail à vélo (seulement 1,1%), ils proposent des créations de voies vertes. D’autres projets sont plus originaux que leur concurrent comme la piétonnisation de l’hyper centre, le « disque vert » pour voitures électriques ou partagées, qui offrirait 2 heures de stationnement en ville, ou encore le développement d’un « RER lyonnais » qui renforcerait la ligne SNCF Lyon-Saint-Etienne. Ils déclarent vouloir créer un parc « zéro béton » en centre-ville et découvrir le Furan, fleuve actuellement enfoui sous le goudron.

Pour donner plus de places aux arbres dans cette ville assez grise, ils prévoient une végétalisation des cours d’école et un plan de plantation d’arbres avec le développement d’une agriculture locale. En matière d’énergies, la création d’un « tiers-payant » énergétique pour des rénovations thermiques et la simplification des démarches pourraient encourager les stéphanois à utiliser plus d’énergie propre. Olivier Longeon avait même parlé d’une utilisation intelligente des nombreux barrages autour de Saint-Étienne pour créer de l’énergie en grande quantité, mais la proposition n’est pour l’instant pas évoquée sur le programme de la liste de Pierrick Courbon. 

L’ÉDUCATION EN PREMIÈRE LIGNE

Salle informatique de l’école « Les ovides » à Saint-Etienne (source : Maou42000)

Le dernier point important de cette campagne est l’éducation. Accueillant 15 382 élèves dans 116 écoles maternelles et primaires, Saint-Étienne doit également focaliser ses efforts sur le développement de ces établissements. Gaël Perdriau a déjà réussi à créer des cantines avec des produits majoritairement locaux et des repas végétariens. Il a également ouvert 79 nouvelles classes. Pour la suite, il prévoit de doubler le budget accordé aux bâtiments scolaires, qui passerait de 20 à 40 millions d’euros. Dans un enseignement de l’écologie, il propose à chaque élève de CE1 de planter un arbre. Il souhaite également créer de nouvelles places en crèches.

Du côté de l’alliance de Pierrick Courbon et Olivier Longeon, au-delà de l’augmentation des moyens pour la rénovation des locaux, c’est une offre essentiellement écologique et solidaire. Avec, par exemple, la création d’une nouvelle école en centre-ville pour désengorger celles déjà présentes. Elle serait la première à avoir une cantine 100% bio et locale, mesure qui s’étendrait après aux autres écoles. Ils proposent également une offre périscolaire ouverte à tous avec la réhabilitation de l’heure d’étude gratuite, supprimé par le maire actuel, pour en faire une heure d’aides au développement. Ils souhaitent aussi ajouter une ATSEM par écoles maternelles et 100 places en crèches.

Un combat pour la place de maire qui, même s’il semblait gagné au premier tour, est loin d’être fini pour Gaël Perdriau.

Source de l’image mise en avant : Daniel Villafruela

4 comments on “(Municicaqs #5) – Saint-Étienne, une ville à moderniser

  1. Ping : (Municicaqs #13) – Toulouse, match serré dans la capitale du rugby

  2. Ping : (Municicaqs #9) – À Strasbourg, qui pour succéder à Roland Ries ?

  3. Ping : (Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

  4. Ping : (Municicaqs #6) – Rennes, du changement dans la continuité ?

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