International Politique

Quel avenir politique pour la Pologne ?

Le 28 juin prochain se tiennent des élections présidentielles cruciales pour l’avenir de la Pologne. L’actuel président ultraconservateur Duda n’est pas certain d’être réélu. 

Le 6 août 2015, Andrzej Duda devenait président de la Pologne après l’élection la plus serrée de l’Histoire du pays. Personne n’imaginait quelques mois plus tôt ce jeune homme inexpérimenté être le candidat du parti Droit et Justice. Ce fidèle des frères Kaczynski venait d’être élu député européen quand il abandonna son poste pour se projeter dans une dynamique campagne au parfum d’entre-deux-guerres. Duda voulait rétablir la place de la Pologne en Europe en s’appuyant sur les aspirations sociales du pays. Pour cela, aidé de son mentor Kaczynski, il a tenté d’effacer l’héritage communiste de la Pologne au profit d’un retour à la dictature de Jozef Pilsudski. Cette vision d’une Pologne catholique, conservatrice est majoritairement partagée par la population. Mais depuis les manifestations qui ont secoué le pays lors du début de mandat, une vision plus libérale commence à se faire entendre, soutenue par le parti de droite « Plateforme Civique ». Un parti certes libéral, mais qui adopte des positions similaires à celles de Duda sur l’avortement ou les droits des homosexuels. 

Une Pologne polarisée

Les élections européennes ont permis une première confrontation entre ces deux visions nationales. Cristallisant le débat autour du rôle de l’Union européenne et du souverainisme, cette élection a en réalité, donné lieu à un véritable échauffement pour les législatives d’octobre dernier. Mais l’échauffement et le match donnent un résultat identique, le Pis, Droit et Justice, de Duda et Kaczynski arrive en tête face aux libéraux du Po de Plateforme Civique. Seules les villes et métropoles ont voté majoritairement pour la coalition européenne. Un triste constat pour Donald Tusk, europhile et ancien président du Conseil Européen et de Plateforme Civique. Les observateurs ont longtemps cru qu’il relancerait sa carrière politique avec la campagne présidentielle. Mais les réformes austères qu’il a appliqué de 2007 à 2014 lorsqu’il était Premier ministre le rendent très impopulaire auprès des Polonais. Il a alors fallu trouver une candidate à la hauteur, capable de battre Andrzej Duda et de conquérir les campagnes polonaises. 

Le retour du PO

Malgorzata Kidawa Blonska n’était pas à la hauteur. Désignée candidate du Po, sa popularité n’a fait que chuter à mesure que le 10 mai, date initiale du premier tour, arrivait, arrivant même sous la barre des 10% d’intentions de vote. Le gouvernement de Duda voyant une opportunité de gagner haut la main a beaucoup hésité à reculer ce premier tour malgré l’épidémie de coronavirus. Le 15 mai dernier, Blonska se retire au profit du maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski qui la remplace dans l’unique but de sauver les meubles. On aurait alors pu croire que tout était joué d’avance, Duda allait être réélu, le bras de fer avec l’UE allait continuer, la Pologne allait encore plus se polariser. Mais c’est mal connaitre Trzaskowski. À peine désigné candidat, il parcourt le pays, masque sur le visage tentant de gagner des voix dans les campagnes où Duda enregistre ses meilleurs scores. Il avoisine aujourd’hui les 20%. Un score certes loin des 43% dont est crédité Duda dans les sondages. Mais le maire de Varsovie bénéficierait au second tour d’un report de voix massif des autres candidats, ce que le président ne peut espérer.

Holownia

Bien que beaucoup annoncent de leur vœux ce duel au second tour, un trublion pourrait venir gâcher la fête. Szymon Franciszek Holownia, journaliste et animateur radio, annonce sa candidature en décembre 2019. Loin de vouloir jouer les Jean-Marie Bigard polonais, Holownia se fait remarquer par sa ligne écologique-catholique. Longtemps à la peine dans les sondages, il talonne aujourd’hui le candidat du PO. Mais contrairement à celui-ci rien n’assure Holownia d’un report de voix vers lui en cas de qualification au second tour. Sa posture se démarque du paysage politique polonais, mais il reste très éloigné du conservatisme actuellement tendance en Pologne où la gauche n’a plus connu de score important depuis 15 ans. 

Crédit photo : Homme devant le palais présidentiel à Varsovie, via Pixabay

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