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(Municicaqs #6) – Rennes, du changement dans la continuité ?

Plus que 2 semaines avant le second tour des municipales. Après Nîmes, Le Havre et Saint-Étienne, CAQS vous propose de découvrir Rennes comme vous ne l’avez jamais vue. Au cœur de débats politiques, environnementaux et citoyens, qui aura le dernier mot sur la capitale bretonne ? Coup de projecteur sur les quatre candidats encore en lice.

À Rennes, la maire sortante, Nathalie Appéré (PS), a une fois de plus, fait l’unanimité en remportant 32,78% des voix au premier tour malgré 60,36% d’abstention. Comme partout ailleurs, l’épidémie de Coronavirus en a freiné plus d’un à voter (en 2014, 61 024 personnes étaient allées voter au premier tour, contre 46 167 cette année).

TROIS LISTES BIEN DIFFÉRENTES

Pour Rennes avec Nathalie Appéré et Matthieu Theurier
Révéler Rennes avec Carole Gandon
Libre d’agir pour Rennes ! Avec Charles Compagnon

A l’issue de ce premier tour, c’est M.Theurier (EELV) qui talonne la maire sortante, suivie de C.Gandon (LREM) et de C.Compagnon (Div.D) qui se place en dernière position. Mais ce n’est pas séparément qu’on les retrouvera le 28 juin. Les deux candidats en tête ont officialisé le 30 mai 2020 la relance de leur alliance passée (en 2014, ils avaient déjà agi de la sorte). Alliance à laquelle C.Gandon (LREM), en troisième place lors du premier tour, a vivement réagi : « la logique guidant ce choix est la préservation de places, ou la détestation commune de la majorité nationale en place. Il est certain que l’alliance entre Nathalie Appéré et Mathieu Theurier implique la reconduite d’un modèle urbain à bout de souffle, inadapté pour faire face aux futures pandémies ».

Rennes, c’est plus de 210.000 habitants en 2017, une ville qui ne cesse de grandir, une capitale bretonne qui doit réaffirmer son statut. Où en est-elle au niveau de la sécurité, des mobilités et de l’urbanisme ?

LA SÉCURITÉ, GARANTE DU BIEN-VIVRE RENNAIS ?

A Rennes, même si le taux d’insécurité est faible en comparaison à d’autres grandes villes françaises, il reste néanmoins en pleine expansion depuis plusieurs années. Que proposent les candidat.es pour y remédier ?

Lors des débats du premier tour, M.Theurier (EELV) s’était exprimé sur le sujet : « Il ne faut pas nier les choses, Rennes est une des villes de France où le taux d’insécurité est parmi les plus faibles. Il y a une réelle baisse des incivilités. » Pour agir avec réalisme et pragmatisme, il avait donc comme projet d’organiser des assises de la sécurité pour permettre un débat dans toute la ville et ainsi trouver des solutions. Ce qui reste primordial pour lui c’est de travailler la question de l’éducation, de former des éducateur.trices de rue, de renforcer la formation des policiers municipaux à la méthodologie de résolution de conflits, à la lutte contre toutes les formes de discriminations et veiller à la réprésentativité des diversités au sein de la police municipale. Il met un point d’honneur à former les agent.es de police aux violences faites aux femmes. Depuis son alliance avec le PS, il ne s’est plus exprimé sur cet engagement.

N.Appéré (PS) propose la création d’une police municipale nocturne. Cette police aurait pour but d’être particulièrement vigilante à des moments difficiles comme la fermeture des bars. La maire sortante veut également recruter 40 policiers municipaux supplémentaires.

Elle s’oppose fervemment à l’armement létal qui ne correspond pas, selon elle, aux missions des agent.es de police. A l’inverse, C.Compagnon (DVD) évoque une police municipale armée et nocturne, pas uniquement dans le centre ville mais aussi dans les quartiers, ainsi qu’un renforcement des caméras de surveillance.

C’est sur le plan du renforcement des outils que C.Gandon (LREM) veut également agir. Elle propose en effet un triplement du nombre de caméras de vidéoprotection pour prévenir les actes de délinquance ainsi que le recrutement de 30 policiers municipaux supplémentaires.

Renforcer la sécurité matérielle ou favoriser la formation des agents ? Faut-il prévenir ou éduquer ? Nous avons posé la question à Loïc Perrin, étudiant militant à Rennes 2. « La politique municipale fait le même jeu que la politique nationale qui se résume à : plus d’effectifs, plus de moyens, sans jamais mettre en avant les problématiques de fond de l’insécurité. La liste « Choisir l’écologie pour Rennes » a bien cerné le problème en proposant des formations aux policiers et « une étude des conditions de travail »» admet-il.

« Malheureusement, c’est le serpent qui se mord la queue : on sait que les policiers travaillent dans des conditions désastreuses, avec un matériel obsolète, parfois abîmé et dangereux à l’usage. On sait aussi qu’ils font des heures supplémentaires, parfois payées des mois après et j’en passe. De l’autre côté, on sait que la « délinquance » vient majoritairement des quartiers populaires. Alors, on propose plus de moyens (en effectif) sans parler de revalorisation salariale, on propose des brigades anti-incivilité ou la possibilité de mettre une contravention pour un acte déplacé en ville, sans jamais investir dans de la pédagogie. On envoie en garde-à-vue, sans jamais discuter et essayer de comprendre » déplore Loïc Perrin.

Selon lui, les politiques restent trop éloignés de la réalité du terrain : « En fait, on passe notre temps à avoir des politiques qui nous parlent en chiffres, parce que les chiffres (parait-il) ça donne des votes. Mais la réalité est complètement différente. Nous devrions, je pense, sur le point de vue de la sécurité, mais aussi des inégalités, de l’écologie, de l’économie, travailler avec des chercheurs et des chercheuses, qui ont analysé méthodiquement ces problématiques, mettre au cœur des réformes, des changements les principaux.ales concernée.es, trouver un juste milieu entre la réalité du terrain et les études. Enseigner, apprendre, dialoguer, comprendre. Pour moi, il n’y a que ça qui pourra régler les problèmes de l’insécurité ».

LES TRANSPORTS, PREMIER MOTEUR DU RAYONNEMENT DE LA CAPITALE BRETONNE

La question des transports est essentielle à Rennes. La ville est dotée d’un large réseau de bus, de nombreuses pistes cyclables, de vélos, d’une rocade de 31 km ainsi que de deux lignes de métro d’ici à la fin de l’année. Mais comment décongestionner la rocade ? Comment rendre Rennes plus en adéquation avec ses aspirations écologiques tout en la gardant attractive ?

La maire sortante propose un système de 5 lignes express de tramway sur roues connectées au métro quand sa rivale LREM, C.Gandon, opte pour un prolongement du métro qui irait au-delà de la rocade. Une hérésie économique selon N.Appéré.

C.Compagnon (DVD) utilise les termes ambitieux de « Plan Marshall » avec la volonté de créer 4 lignes de tramway supplémentaires à l’extrémité des lignes de métro pour relier l’ensemble de la métropole rennaise.

Pour ce qui est du centre-ville, toutes et tous proposent un large développement du réseau vélo, en accord avec les ambitions écologiques de la ville. N.Appéré évoque également l’idée de navettes électriques avec montée et descente à la demande. Des initiatives réellement durables, ou simplement écologiques sur le papier ? Nous avons posé la question à Youth for climate Rennes, association apartisanne. « Développer un réseau de pistes cyclables sécurisées dans la métropole et les communes est une mesure nécessaire pour décarbonner les modes de déplacement. Espérons que cette promesse soit mieux tenue qu’au dernier mandat ».

Concernant les navettes électriques dans le centre ville piétonnier, l’association estime qu’il faut « garder à l’esprit que ce n’est pas parce qu’il s’agit de véhicules électriques que la proposition est forcément écologique. À quels besoins vont répondre ces navettes sinon à remplacer des trajets qui auraient pu être effectués à pieds ? Dans le centre-ville, passent déjà le métro, le bus, les vélos et les piétons. L’énergie électrique est loin d’être neutre avec le nucléaire et les matériaux rares pour les batteries. S’il s’agit de répondre aux besoins de personnes en difficulté de déplacement, il existe déjà des navettes spécialisées. » soulève Youth for Climate Rennes.

ET LA QUESTION DE LA GRATUITÉ ALORS ?

À réfléchir pour certains, réponse négative pour d’autres. Rennes est, à l’instar de grandes villes françaises, au cœur d’un débat au sujet de la gratuité des transports.

E.Le Pape (LFI), qui n’a pas pu accéder au second tour (7,53 %) , parlait d’une gratuité pour tous dans les transports, face à l’urgence climatique qui est la nôtre, quand C.Compagnon s’y oppose fermement en clamant « qu’il faut des fonds pour financer nos projets ambitieux ». N.Appéré s’engage, quant à elle, à y réfléchir d’ici à 2024. En attendant, elle propose pour les moins de 26 ans, une baisse immédiate de 25 % des tarifs des abonnements aux transports en commun.

« L’idée de gratuité progressive est très souhaitable pour une ville comme Rennes. Elle est d’autant plus intéressante qu’elle répond à des problématiques sociales et environnementales. Cependant cette mesure manque d’ambition rien qu’au niveau de sa formulation. Pourquoi d’ici 4 ans seulement ?  Pourquoi uniquement pour les moins de 26 ans ? Nous aimerions aussi rappeler que des portillons ont été achetés à hauteur de 7,5 millions d’euros pour équiper le métro contre la fraude, ce qui parait peu cohérent dans l’optique d’aller vers plus de gratuité. », répond YouthForClimateRennes.

URBANISME ET ACTION CITOYENNE : COMMENT CONCILIER EXPANSION ET ÉCOLOGIE ?

On a beaucoup reproché à la maire sortante de construire trop vite et pas assez bien. N. Appéré reste convaincue qu’il faut continuer à construire si nous voulons une ville qui grandit et accessible à tous. Pour remédier au mécontentement de certain.es, elle propose des chartres de concertations pour les projets de construction.

Pour M.Theurier (EELV), Rennes se bétonne et les prix s’envolent. Il faut définir une méthode pour construire les projets avec les habitants. Certes il faut construire, mais moins et mieux. Pour cela, il est nécessaire de ralentir la construction et de penser à la végétalisation. Reste à voir ce que donneront ces promesses maintenant que l’alliance avec N.Appéré a été actée.

C. Gandon (LREM) a choisi d’orienter ses engagements autour de la progression vers l’écologie à travers la ville et main dans la main avec les citoyens : éclairage de la ville aux LED, sensibilisation aux actions éco-responsables, développement des circuits courts.

Une fois de plus, YouthForClimateRennes intervient pour nuancer et clarifier ces projets : « C.Gandon veut mettre en œuvre des actions pédagogiques éco-responsables et solidaires dans les quartiers. Certes, l’éducation aux enjeux écologiques et sociaux est indispensable. Cependant, il serait désastreux que ces actions pédagogiques se limitent à parler des “écogestes” et à culpabiliser les personnes sur leur mode de consommation plutôt que de revenir aux racines des problèmes. Parler d’éco-responsabilité individuelle n’est constructif que si les entreprises polluantes et leurs impacts sont mis en cause et que des alternatives viables sont proposées à la population ».

Elle propose également de moderniser l’éclairage public sur la ville en passant progressivement aux LED, et d’expérimenter l’allumage à la demande pour réduire notre consommation d’énergie.

Mais passer progressivement les éclairages publics au LED serait bien plus utile si les enseignes des commerces et les panneaux publicitaires étaient éteints la nuit, comme l’exige le code de l’environnement. De plus, au-delà des économies d’énergie, il faut penser aux perturbations de la biodiversité engendrées par l’éclairage nocturne.

L’association constate également « certains manquements sur le plan écologique dans les deux programmes. Plusieurs projets et phénomènes problématiques sont passés à la trappe. Par exemple, le cas des serres à LED, pour les tomates de l’entreprise Jouno à la Chapelle des Fougeretz, ou bien de la publicité dans l’espace public (secteur énergivore et poussant à la surconsommation), ou bien le manque de prise de position sur le projet d’agrandissement de l’aéroport de Rennes : développer le transport aérien plutôt que l’alternative ferroviaire est une aberration ! ».

Sécurité, mobilités, urbanisme, écologie, comment concilier le tout, tout en parvenant à effectuer des changements ? Comment mettre en avant l’écologie tout en rêvant d’immenses expansions urbaines ? La maire sortante sera-t-elle réélue pour un deuxième mandat ? Réponse dans les urnes, le 28 juin prochain.

Crédit photo : Nicolas Vollmer

3 comments on “(Municicaqs #6) – Rennes, du changement dans la continuité ?

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  3. Ping : ( Municicaqs #7) – Lille, la fin du règne Aubry ?

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