Éditorial

(Édito du samedi) Relocalisations : utopie ou réalité ?

« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie » a déclaré Emmanuel Macron. La crise sanitaire a mis en lumière nos dépendances à d’autres pays. Médicaments et masques ne sont plus produits en France et en Europe. Nous avons perdu notre capacité à produire des biens de production de première nécessité. Le président a donc annoncé la relocalisation de certaines « productions critiques« , comme le paracétamol.

Les dérives de la mondialisation

Les usines françaises, désormais délocalisées pour la plupart, vers les pays de production à bas coût (en raison des charges salariales, de la protection sociale très faibles ou inexistantes) sont dépendantes des relations entre pays d’origine et pays d’implantation. Ce modèle productiviste très efficace a un risque majeur : la dépendance.

La mondialisation a mis en concurrence les territoires, les nations. Les pays se sont spécialisés et les chaînes de production sont étalées sur de multiples territoires. Chaque usine produit une pièce précise, en très grand nombre, pour réaliser des économies d’échelles. Il y a donc une interdépendance des pays pour la fabrication d’un bien, une voiture par exemple. Outre nos différends politiques, nous produisons ensemble. C’est donc à la fois une promesse de paix, pour conserver nos avantages économiques nous gardons des relations relativement pacifistes, mais aussi le risque de ne plus pouvoir produire tel ou tel bien en cas de désaccord majeur.

Nous sommes dépendants des relations diplomatiques avec les « pays usines »

Cela signifie, limiter les désaccords, et donc fermer les yeux sur des pratiques contraires à nos valeurs. Par exemple, le travail des enfants, les conditions de travail, l’utilisation de produits toxiques, ou encore la démocratie et la liberté d’expression. Autant de dispositions qui pour nous Européens sont des problèmes, et contre lesquels nous pouvons difficilement protester au risque de lourdes sanctions économiques.

Nous sommes dépendants dans l’urgence

C’est ce que nous avons vu avec la crise du covid-19. La vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, estime que la crise du coronavirus a « révélé notre dépendance morbide vis-à-vis de la Chine et de l’Inde en matière de produits pharmaceutiques« . Pas assez de médicaments, pas assez de masques et une impossibilité d’en produire chez nous. Et si la Chine avait refusé de nous envoyer des masques ? Et si nous avions été à court de paracétamol ?

Le « made in France » : oui, mais à quel coût ?

Voilà pourquoi nous remettons le sujet de la relocalisation sur la table. Faire du « made in France » : c’est alléchant, c’est plus authentique, ça nous rappelle le bon vieux temps. Oui mais si nous avons délocalisé, c’est qu’il y avait de bonnes raisons à cela. Relocaliser, c’est s’attendre à une hausse des prix des produits. En France, la protection des travailleurs est très couteuse pour les entreprises et les salaires sont plus élevés. Les prix seront donc nécessairement plus importants. Le pouvoir d’achat des Français sera-t-il à même d’encaisser ces hausses de prix ? L’État entend aider les entreprises à supporter les coûts. Reste à voir jusqu’à quel point l’État aidera. Dans tous les cas, il y aura un coût supplémentaire, soit pour l’État (aides aux entreprises et remboursement des médicaments qui seront plus chers), soit pour les citoyens, et certainement pour les deux.

Reportage sur la relocalisation

Relocaliser c’est donc s’assurer de produire Français et de ne pas se retrouver dans des situations critiques de rupture de stocks et de dépendance. Mais relocaliser c’est payer plus cher. Reste à savoir si nous sommes prêts, et surtout capables de mettre le prix pour notre indépendance. Suite aux manifestations des Gilets jaunes et à la crise économique naissante dû au covid-19, il semble difficile de demander à la population française de payer plus… Cette charge semble donc être adjointe à l’État, ce qui l’oblige à se « providencialiser » d’avantage.

0 comments on “(Édito du samedi) Relocalisations : utopie ou réalité ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :