Escrime Sport

Mathias Biabiany (escrime) : « Nous avons eu le sentiment de ne pas être abandonnés »

À 25 ans, l’escrimeur Mathias Biabiany s’inscrit dans cette jeune génération de sportifs français qui rêvaient de pouvoir aller cet été à Tokyo, pour y disputer les Jeux Olympiques. Malheureusement, la pandémie de Covid-19 a mis à terre le sport mondial et décalé la plus prestigieuse des compétitions sportives à l’année prochaine.

C’est dans sa Guadeloupe natale, que l’épéiste du club d’Escrime Rodez Aveyron, a passé son confinement. L’année 2020 devait être celle de la reprise pour lui après une grave blessure au genou survenue deux ans auparavant. Mathias Biabiany raconte pour CAQS comment il a vécu le confinement, le retour à l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Expertise et de la Performance) et nous livre son regard sur le sport dans les Antilles.

Vous êtes rentré en Guadeloupe pendant le confinement, pouvez vous nous parler de votre ressenti vis à vis de la crise sur place ?

Mathias Biabiany : Le confinement s’est bien passé pour moi. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer en Guadeloupe avant l’annonce du Président. J’avais de la place car j’étais chez mes parents, même si ma mère passait du temps à l’hôpital (elle est infirmière), j’en profitais pour partager de précieux moments avec mon père. Comme il faisait partie de la population à risque, c’est moi qui me chargeais de toutes les tâches à l’extérieur. Cela faisait 10 ans, depuis que j’étais parti en métropole, que je n’étais pas resté autant de temps avec eux.

Le sport mondial était arrêté, mais vous avez continuez vos entraînements. C’était une volonté personnelle de maintenir la forme ou alors des consignes de la Fédération Française d’Escrime ?

MB:  Nous avons eu un contact avec nos entraîneurs au début du confinement, la DTN nous envoyait régulièrement des mails pour savoir comment nous, athlètes, nous nous portions. On a vraiment eu ce sentiment de ne pas être abandonné. La seule chose pour laquelle nous étions un peu livrés à nous-même, c’était sur la question de la préparation physique au début mais ils nous ont rapidement envoyé des programmes sportifs quotidiens. On organisait des visioconférences et je faisais chaque semaine des bilans avec Anne-Laure Morigny, ma préparatrice physique à l’INSEP.

Avant le début de la crise vous aviez fait quelques tournois (Allemagne, Qatar), les premiers après votre rupture partielle du tendon rotulien. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

MB : C’était un vrai plaisir pour moi de recommencer les compétitions. Mais cette période « test »  a été un peu écourtée car peu après j’ai ressenti de nouvelles douleurs au genou. Personnellement cet arrêt des compétitions m’a aidé, j’ai ainsi pu mieux m’entrainer et m’améliorer physiquement et mentalement.

Vous êtes revenu à l’INSEP le 5 juin, comment s’est passé un tel retour ?

MB : Cela a été un petit retour car tout le groupe n’était pas revenu. Au tout début nous étions que cinq garçons. Mais cela a été super interessant car notre reprise a été individualisée. Nous avons pu mettre en place avec le Service Médical et le Service de Réathlétisation de l’INSEP des tests physiques et psychologiques. On peut donc repartir sur une base de données très solides et plus complètes qu’avant. J’ai pu ainsi en apprendre plus sur ma morphologie et mes capacités.

Votre coéquipière Cécilia Berder évoquait la nouvelle façon de travailler la semaine dernière, avec de nouveaux test, ce qui lui a permis de « redevenir athlète », c’est aussi votre point de vue ?

MB : C’est exactement ça. Pour nous, trois mois sans sport c’est impossible. En vingt ans de carrière, cela ne m’était jamais arrivé. Il faut revenir et apprécier le goût de l’effort. Il faut réapprendre à être un athlète de haut niveau, ce qui n’est pas la même chose que pour un sportif normal. Cela m’a permis de redécouvrir ma discipline et mon corps. Nous avons un an, avant les Jeux Olympiques, pour que nous, les athlètes, puissions revenir meilleurs qu’avant.

Depuis le déconfinement, en savez-vous un peu plus sur le calendrier national et international de la FFE ?

MB : Nous attendons les directives gouvernementales car il existe encore des pays où le confinement est encore en place (Brésil) ou des régions encore très touchées par la pandémie, comme en Italie et Espagne. Mais nous attendons également des directives internationales car à l’heure actuelle, aucune de date officielle n’a été trouvée pour l’organisation des Jeux Olympiques de Tokyo. Tant que la période ne sera pas précisément définie, la Fédération Internationale d’Escrime et la Fédération Française d’Escrime ne pourront pas mettre en place de programmes de compétitions.

Il y a 10 ans, vous quittiez votre famille et la Guadeloupe pour venir commencer votre carrière en métropole. Est-ce toujours une nécessité de partir pour un jeune athlète antillais ?

MB : Nous avons la chance d’avoir de très bons entraîneurs et formateurs dans nos îles mais nous sommes obligés de partir vers un centre de formation si l’on veut continuer. Il en existe un seul aux Antilles: le CREPS Antilles-Guyanne. Aujourd’hui, par soucis de combativité et de compétitions, les jeunes escrimeurs sont obligés de partir en métropole. Mais je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire sur place, c’est une question de volonté car nous avons les infrastructures. Certaines fédérations comme l’athlétisme retournent en Caraïbes pour s’entraîner depuis longtemps. Nous nous venons juste d’y retourner cette année alors pourquoi ne pas persister ? J’espère qu’un jour les sportifs antillais n’auront plus à se déplacer en métropole pour performer.

Vous êtes alors optimiste pour le sport antillais ?

MB : Tout à fait. Je pense qu’il faut développer davantage la formation sur nos îles et créer d’autres centres d’entraînement de haut niveau. Nous devons accroitre nos structures locales, acquérir un savoir-faire et l’étendre sur le territoire ultra-marin. Environ 80% des athlètes en équipe de France d’escrime sont d’origine antillaise, cela démontre bien que nous avons du talent. En tout cas il y a quelque chose à faire pour que demain nous puissions faire émerger nos futurs jeunes et développer l’escrime aux Antilles.

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