Culture & Société International

Un nouveau visage pour Gucci


Elle a 18 ans, elle est passionnée d’art, elle est belle, elle est la nouvelle égérie Gucci et elle est porteuse de trisomie 21. Ellie Goldstein, c’est cette talentueuse jeune femme qui peut faire réaliser à celui ou celle qui en doutait encore, qu’un handicap, une différence, une malformation ne définit pas notre beauté.

C’est pour la promotion de leur nouveau mascara que la marque de luxe Gucci a décidé de mettre en avant des modèles aux profils sortant de la norme du mannequinat traditionnel. Ellie Goldstein pose donc sourire aux lèvres, aux côtés d’Enam Asiama, mannequin Queer. Ces photos seront également publiées dans le prochain numéro du célèbre magazine Vogue Italia dans le but de faire de la différence une nouvelle norme dans le monde de la mode. Une mise en avant unique dans l’histoire du célèbre magazine. Postée sur l’Instagram de la marque, la photo d’Ellie a fait sensation jusqu’à devenir la photo la plus « likée » du profil de la marque.

Ellie Goldstein, Enam Asiama et Jahmal Baptiste pour Gucci



Mais alors ce choix est-il une réelle invitation au « body positivism » ou un simple coup de pub ?



Cela fait maintenant quelques années que sporadiquement on découvre des mannequins en situation de handicap en couverture des magazines ou sur les catwalk. Comme Lucas Warren devenu égérie de la marque d’aliments pour bébé Gerber ou encore Kate Grant, visage phare de la marque de cosmétiques Benefit depuis un an. Sans oublier Madeline Stuart qui en 2017, passait de mannequin à styliste en présentant sa marque « 21 reasons why » à la Fashion week de New-York.

Ces initiatives sont sans aucun doute devenues plus courantes, mais sont encore loin d’être la norme. Selon Zebeede, l’agence de mannequin Londonienne qui se bat pour l’inclusion des profils en situation de handicap dans l’industrie de la mode : « seuls un ou deux mannequins sur 10 000 seraient en situation de handicap ».

Il est donc évident qu’en 2020, il est plus que nécessaire de montrer la différence à travers l’industrie de la mode. Les couvertures de magazines, les défilés de haute couture, les photos ornant les présentoirs dans les magasins de cosmétiques sont autant de représentations des codes de beauté que l’on retrouve au quotidien. Si une jeune fille au profil « traditionnel » peut s’y retrouver et se sentir belle car représentée par des mannequins qui lui ressemblent sur les immenses affiches cernées de néons, qu’en est-il pour les personnes aux profils plus « atypiques » ? Comment se sentir inclus(es), belles, légitimes si personne ne nous ressemble sur les photos ?



La représentation est un fait, l’inclusion pleine et entière en est un autre.



Emmanuel Macron clamait, à l’occasion de la conférence nationale du handicap du 11 février dernier, « les personnes en situation de handicap sont des citoyens à part entière ». Heureusement, car la France compte 12 millions de personnes touchées par le handicap, et 850 000 personnes à mobilité réduite, d’après les derniers chiffres de l’INSEE sur le sujet en 2001. Dans le monde, on parle d’environ un milliard de personnes, soit 15 % de la population mondiale. Mais ce discours semble avoir bien du mal à s’appliquer, en pratique, à l’industrie de la mode. Car si les représentations deviennent plus récurrentes, une fois dans le magasin, il est moins aisé de trouver un vêtement vraiment adapté à un corps en situation de handicap.

Il est nécessaire que les marques les prennent en compte dans leur processus créatif : tee-shirt faciles à enfiler, pantalons et robes compatibles avec les fauteuils ou les béquilles… Pour le moment, l’offre est trop restreinte, même si certains géants de l’industrie de la mode commencent à s’y mettre, comme Kiabi qui collabore depuis 2018 avec l’association Les Loups Bleus autour d’une collection pour enfants en situation de handicap. Mais ces exemples d’avancées vers l’inclusion se comptent encore sur les doigts d’une seule main. Car comme le rappelle Amandine Labbé, co-fondatrice de la marque U-Exist (un studio de design orthopédique militant), le tabou sur le handicap reste très prégnant dans notre société.

Crédit photo : David PD Hyde pour Gucci

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