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L’ascension fulgurante de l’Istanbul Basaksehir

Depuis dimanche, l’Istanbul Basaksehir est officiellement champion grâce à sa victoire 1-0. C’est le premier titre de champion de Turquie pour ce jeune club fondé en 1990. Ce titre est le résultat d’une ascension spectaculaire, notamment dans les années 2010. Retour sur la saison et l’histoire un peu particulière de ce club pas comme les autres.

Nous sommes à la dix-huitième minute de jeu, Gaël Clichy réalise un une-deux avec Eljero Elia au milieu du terrain qui élimine trois joueurs. Le Français remise ensuite sur Demba Ba qui va fixer la défense centrale avant de lui remettre sur la gauche de la surface. Le latéral gauche préfère jouer intelligemment en retrait pour son milieu de terrain Mahmut Tekdemir. D’un plat du pied au premier poteau, le numéro 21 ouvre le score. Ce seul but permettra à l’Istanbul Basaksehir d’être sacré champion de Turquie 72 minutes plus tard, pour la première fois de son histoire, 30 ans seulement après sa création.

Ce titre vient récompenser une équipe qui, sans être flamboyante, aura été la plus régulière de ce championnat turc édition 2019-2020. Toutefois on ne peut pas vraiment dire que c’est une surprise de voir le club stambouliote remporter le championnat cette année, tant le club a évolué ces dernières années. Depuis quelques saisons, l’Istanbul Basaksehir s’est imposé comme un des meilleurs clubs du pays. Comment expliquer ce phénomène ?

Le petit poucet d’Istanbul

Dans un championnat turc plus connu pour ses ambiances folles que pour son niveau de jeu, l’Istanbul Basaksehir fait figure d’exception. Le club doit ses apparences modestes à ses origines : en 1990, c’est la ville d’Istanbul qui crée le club d’Istanbul Büyükşehir Belediyesi Spor Kulübü, Belediyesi signifiant mairie en Turc. En 1993, le club accède pour la première fois à la seconde division turque, qu’il va occuper pendant 14 saisons avant d’accéder pour la première fois à la Super Lig en 2007. Entre 2007 et 2012, le club occupe le milieu de tableau, sans faire beaucoup de bruit. Puis en 2013, le club redescend en deuxième division, où il finira champion et remontera en première. C’est à ce moment, à l’été 2014 que le club change de dimension.

La mairie décide de se séparer du club afin d’enclencher le processus de rachat. Un rachat qui va faire entrer le club dans une nouvelle ère très fructueuse en matière de résultat, mais aussi très contestée. La raison ? le club est racheté par des proches du parti de l’AKP, celui du président Recep Tayip Erdogan. Le club, parfois nommé Erdogan Football Club, change de logo, se voit construire un nouveau stade par Kayon Grup (constructions d’infrastructures étatiques) et est sponsorisé par Medipol (groupe hospitalier privé dirigé par le médecin d’Erdogan).

Ce statut de nouveau riche du championnat turc l’oppose aux trois grands clubs historiques d’Istanbul : Le Besiktas, créé en 1903, le Galatasaray, créé en 1905 et Fenerbahce, créé en 1907. depuis 2000, ces trois clubs avaient raflé presque tous les championnats turcs (seul Burzaspor a réussi à décrocher un titre en 2010). C’est une opposition qu’on remarque en premier lieu dans les stades. Là où les trois grands clubs ont des grands stades (respectivement, 41 000, 52 000 et 50 000 places) et un public fervent (parfois trop), l’Istanbul Basaksehir se contente d’un petit stade (17800 places) et d’un public « recyclé », c’est-à-dire des supporters qui ont fui les ambiances parfois trop violentes des autres clubs stambouliotes. Une image qui colle à la peau du club mais qui ne l’empêche pas de grandir.

Un projet ambitieux mais pas révolutionnaire

Ce titre de 2020 ne sort pas de nulle part. Dès le rachat en 2014, l’Istanbul Basaksehir affiche ses ambitions en recrutant Abdullah Avci, ancien sélectionneur de la Turquie. Depuis, le club est devenu une place forte du championnat : quatrième lors des saisons 2014-2015 et 2015-2016, puis deuxième en 2016-2017, troisième en 2017-2018, à nouveau second en 2018-2019 et enfin champion cette année. Pourtant sa stratégie sportive n’a rien de vraiment extraordinaire.

À l’image du championnat turc, et grâce à l’argent du rachat, Basaksehir va se calquer sur ce qui se fait de mieux en Super Lig : aller chercher des joueurs du top 5 européens en manque de temps de jeu. Signent donc des anciennes stars comme Robinho ou Adebayor et d’autres noms bien connus comme Inler, Clichy, Demba Ba ou Martin Skrtel. Dans les joueurs ayant disputé au moins 20 rencontres toute compétition confondue, seuls trois joueurs avaient moins de 27 ans, dont Enzo Crivelli, l’ancien Caennais (11 buts en championnat). L’âge moyen de l’effectif est de 31,22 ans. Cette manière de faire s’adapte parfaitement à un championnat qui compte beaucoup sur les stars étrangères pour avoir de la visibilité et de la même manière que ça a marché pour les autres clubs stambouliotes, Basaksehir a su en profiter pour tirer son épingle du jeu.

A l’image d’autres grands clubs turcs, Basaksehir se tourne vers d’anciennes stars pour se donner de la visibilité

saison 2019-2020 : l’aboutissement d’un projet

Une stratégie payante donc pour l’Istanbul Basaksehir puisqu’ils sont désormais champions de Turquie. Rien n’aura été facile dans cette saison si particulière, mais en y regardant, ça n’aura pas été si difficile. C’était mal parti avec deux défaites lors des deux premiers matchs, contre Malatyaspor mais surtout contre un concurrent, Fernebahce. L’équipe désormais entraînée par Buruk Okan doit attendre la troisième journée pour enfin décrocher un succès. Après cinq journées, le club est seulement 12ème, à sept points du leader. Mais ils vont bien réagir, avec une série de 16 matchs sans défaites entre la 3ème et la 18ème journée, dont 10 victoires. À mi-championnat, ils sont deuxièmes à quatre points du leader.

Après une deuxième défaite face à Fenerbahce, ils ne perdront plus un match jusqu’à l’interruption du championnat lors de la 26ème journée. Ils sont au coude à coude avec Trabzonspor en tête et comptent trois points d’avance sur Galatasaray. Après la pause due au Covid-19, Basaksehir revient en forme et fait la différence sur ses concurrents qui lâchent du lest. Avec cinq victoires en sept matchs, l’autre club d’Istanbul s’offre le titre lors de l’avant-dernière journée.

Si on ne peut pas parler d’exploit pour décrire ce titre, c’est surtout au vu de la concurrence des autres cadors de ce championnat. Notamment les trois géants stambouliotes qui ont grandement déçu cette saison. Besiktas est quatrième, à 10 points, Galatasaray cinquième à 14 points et Fenerbahce, qui aura pourtant battu deux fois Basaksehir cette saison, n’est que septième à 19 points, un fossé par rapport aux standards du club.

Ce titre, presque logique, vient confirmer les ambitions et les bons résultats du club sur ces dernières saisons. Leur année n’est toutefois pas terminée puisqu’il y a un huitième de finale retour à jouer contre Copenhague en Ligue Europa. Ils s’étaient imposés 1-0 à l’aller. Les quarts de finale se profilent et pourquoi pas plus pour un club qui jouera pour la première fois la Ligue des Champions l’an prochain.

crédit photo : twitter Istanbul Basaksehir

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