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Juventus de Turin : un titre et puis c’est tout ?

Ce dimanche, la Juventus de Turin a remporté son 36ème titre de Serie A. Elle a surtout glané un 9ème championnat de suite en battant la Sampdoria 2-0. Ce titre vient récompenser une pâle équipe de la Juve, qui n’a jamais séduit par son jeu. Mais il aura mis en évidence la domination d’un effectif surpuissant et d’une équipe pour qui une seule chose compte, c’est gagner. Que peut-on réellement retenir de ce titre ?

Autorisons-nous à modifier quelque peu l’adage : la Serie A est un championnat qui se joue à vingt équipes et à la fin c’est la Juventus qui gagne. Voilà un parfait résumé de cette saison 2019-2010 en Italie. Pourtant s’il y a bien une année où elle était prenable, c’était celle-ci. De ses neufs scudetti consécutifs, c’est sûrement la moins bonne équipe en terme de jeu. Ne nous y trompons pas, si la Juve est championne à la fin, c’est qu’elle le mérite. Après tout, cette équipe n’a jamais été réputée pour la beauté de son jeu mais pour son efficacité et son esprit de tueur.

« A la Juventus, gagner n’est pas important, c’est la seule chose qui compte ». On doit cette phrase à Giampero Boniperti, ancien président du club (1971-1990). Une phrase qui résume tellement bien la philosophie de ce club et tant pis pour la manière. Ce neuvième titre consécutif n’est plus un exploit, c’est une case à cocher, une étape supplémentaire dans l’histoire d’un club pas comme les autres. Cela en est devenu presque banal et c’est ça qui rend la chose encore plus belle mais en même temps plus inquiétante.

La Juve encore et toujours

Atteindre les sommets n’est pas chose évidente, y rester l’est encore moins. Avec la Juve, on a l’impression de réécrire cette même phrase année après année. C’est dire à quel point ils dominent ce championnat. Là où les autres équipes connaissent des cycles de gloire, la Juventus, elle, semble éternelle. Ce qui est effrayant, c’est de voir que cette équipe n’a même pas besoin d’être bonne pour marcher sur la Serie A. Rarement le collectif de la Juve n’aura produit un exercice aussi pauvre. Avec l’arrivée de Sarri pourtant, on pouvait croire que cette équipe, tant réputée pour sa défense, allait enfin exploser offensivement. Le principal intéressé lui-même n’y croyait pas vraiment : « Cette équipe-là ne jouera jamais comme mes équipes du passé » avait-il déclaré l’été dernier. Cette équipe s’est bâtie sur trois lettres, l’autre BBC. Non pas celle qui faisait trembler les défenses mais bien celle qui faisait trembler les attaques : Bonucci-Barzagli-Chiellini. Ces trois-là ont élevé la défense au rang d’art. Cette saison, la Vieille Dame n’a même pas pu baser son titre sur cette solidité défensive. Bonucci a sans doute réalisé sa pire saison et De Ligt a mis quelques mois à retrouver son niveau de la saison dernière.

Cette Juve, qui a toujours fait transparaître une force collective sans faille, aura cette année reposé sur des individualités qui l’ont sublimé. A défaut d’avoir pu compter sur sa défense, les turinois s’en sont remis à un excellent Szczesny. Le gardien polonais, jamais cité lorsqu’on parle des 10 meilleurs gardiens du monde, a réalisé une saison de haute volée. En 28 rencontres, il a réalisé 11 cleansheets et aura été irréprochable sur sa ligne. Devant, Dybala a été un élément clé. Ses statistiques sont très intéressantes (11 buts, 11 passes dé.). Globalement, l’impression qu’il a dégagée a été très bonne. Sa relation avec Ronaldo, qu’on a eu du mal à observer l’an dernier, a été bien meilleure cette saison. Bien sûr, le Portugais fait partie de ces individualités qui ont transcendé cette équipe. Avec 31 buts, il égale d’ailleurs le record de buts d’un juventino sur une saison de Serie A (Felice Borel en 1933-1934).

Une Serie A trop faible pour la Juve

C’est évident qu’on ne peut que saluer la Juventus pour sa régularité. On ne doit pas néanmoins minimiser le gouffre qui existe encore entre cette Juve et ses principaux rivaux. Ce titre, c’est un symbole de la domination d’une institution sur les autres. La concurrence s’est pourtant beaucoup rapprochée cette saison. La Lazio n’était qu’à un point de la Juve avant la reprise, l’ayant même battue deux fois cette saison (en championnat et en supercoupe d’Italie). L’équipe d’Inzaghi s’est ensuite écroulée, la faute à un effectif trop tendre. Ils n’ont pas su tenir le rythme imposée par le calendrier. La surprise aurait pu venir de l’Inter Milan, peut-être la seule équipe avec un effectif capable de concurrencer celui des Bianconeri. Ils auront longtemps été devant au classement avant de perdre des points importants dans les grandes affiches. On se souvient de la défaite 2-0 face à la Juve en février. Une victoire aurait sûrement changé beaucoup de choses pour Conte et les siens. Si la Saison avait commencé en Février, l’Atalanta aurait pu être championne. Aussi belle que cette équipe puisse être, elle n’est pas taillée pour jouer le titre.

Juventus-Inter : un tournant de cette saison

L’AS Rome, bien que finalement qualifiée pour la Ligue Europa, a traversé cette saison comme un fantôme, ne faisant jamais parler d’elle et en n’inquiétant jamais les autres cadors du championnat. De son côté Naples a vécu une année compliquée, notamment entaché par cette grève des joueurs en Décembre dernier. Ils ont sauvé leur saison en remportant la coupe d’Italie. Après avoir été les principaux concurrents de la Juve pendant plusieurs saisons, ils sont désormais quelques peu rentrés dans le rang. On les voit mal jouer les premiers rôles l’an prochain. Enfin il y a l’AC Milan, qui a réalisé une belle fin de saison, mais qui reste à des années lumières de le Juventus.

Une saison à terminer

A l’instar du PSG en Ligue 1, peut-on dire que la Serie A n’est plus assez compétitive pour la Juventus de Turin ? Si la Serie A n’est plus qu’une case à remplir, la Ligue des Champions est elle un objectif beaucoup plus palpitant pour les Bianconeri. Ils joueront leur qualification en quart de finale de Ligue des Champions face à Lyon dans 10 jours (1-0 pour Lyon à l’aller). Avec cet effectif, la Juve est taillée pour cette compétition, pas pour la Serie A. Néanmoins, on ne peut que s’inquiéter quant à leur niveau de jeu. On a du mal à voir un club italien enfin remporter la Ligue des champions. Le dernier sacre d’une équipe transalpine remonte maintenant à dix ans, avec l’Inter de José Mourinho.

Quand on regarde les résultats des équipes italiennes sur ces dix dernières saisons, hors Juventus, on voit le néant ou presque. On n’a guère que la demi-finale de l’AS Rome en 2018 à se mettre sous la dent. Dans le même temps, l’Espagne a glané six Ligues des champions, l’Angleterre deux et l’Allemagne une. Aujourd’hui il n’est pas insensé de parler d’un problème Serie A. La Juve ne peut plus se contenter d’une victoire en championnat face à une concurrence trop faible pour elle. Elle ne peut plus se contenter d’un jeu minimaliste qui lui suffit à être champion. On peut dire que le fossé entre la Juve et les autres est énorme mais c’est surtout le fossé entre la Serie A et les autres championnats qui est devenu trop important.

crédit photo : twitter Juventus

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